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AFROCENTRICITÉ
"Afrocentrismes II". (Colloque-débat), Yaoundé (Cameroun) février 2003
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"Afrocentrismes II".
(Colloque-débat).
Modérateurs : Fabien Kange Ewanè; Jongwanè Dipoko; Futcha; Emmanuel Ngameni.
Intervenants : Michel Kouam ( Significations de la Lutte de Théophile Obenga contre Afrocentrismes);
Ernest-Marie Mbonda (L'afrocentrisme, critique de l'eurocentrisme : Une lecture de The Painful Demise of Eurocentrism de Molefi Kete Asante);
Gabriel Ndinga (Des stéréotypes à la conquête d'une identité);
Fabien Eboussi Boulaga (Le futur antérieur : Cheikh Anta Diop et l'afrocentrisme).
Rapporteurs : Parfait Dtématio Akana, Joseph Twagirayezu .
Rapport.
Deuxième partie du colloque organisé l’an passé le 27 mars par Academia Africana, celui-ci, tout en prolongeant la discussion sur le livre co-dirigé par Fauvelle-Aymar, s’est également intéressé au courant afrocentriste en Amérique. D’où, le thème de l’intervention d’Ernest-Marie Mbonda, enseignant à l’Université catholique d’Afrique centrale, axée sur la « lecture de The Painful Demise of Eurocentrism de Molefi Kete Asante1 ». Mais avant cela, intervenait Michel Kouam, enseignant dans la même institution universitaire, sur les Significations de « La Lutte » de Théophile Obenga contre « Afrocentrismes ».
I
Avant d’entrer dans le vif du sujet, ce dernier a tenu à signaler que les termes « Afrocentrismes », « Eurocentrismes », « Afrocentricité », sont des « concepts piégés et pleins d’idéologies » et que de ce fait, ils doivent être utilisés avec beaucoup de minutie.
Puis, en guise d’introduction, une image. Celle de David et de Goliath. David étant ici Théophile Obenga, et Goliath, les 19 auteurs du livre intitulé « Afrocentrismes ». Cette image a-t-il dit peut être justifiée par l’inhabituelle sortie des gonds de Théophile Obenga ( ce dernier lui-même le reconnaît dans son livre ), et par les nombreuses allusions et insinuations des auteurs d’Afrocentrismes qui, pense Obenga, sont entièrement sous-tendues par une tout autre ambition que celle d’une critique sérieuse et constructive.
C’est donc cette confrontation-là que Michel Kouam s’est proposé d’analyser aux fins de voir comme nous l’évoquerons au fil de ces lignes, si de cette « guerre », on peut envisager un arbitrage.
· Du pourquoi de la lutte et des griefs de part et d’autre.
Elle est le fait de la parution du Afrocentrismes, nous apprend Michel Kouam, co-dirigé par François-Xavier Fauvelle-Aymar, Jean-Pierre Chrétien et Claude-Hélène Perrot.
Ici, les principaux camps qui s’affrontent sont non seulement celui incarné par ceux que nous venons de citer, mais aussi celui de Théophile Obenga à qui nous rattachons Martin Bernal qui lui également, essuie de sévères critiques de la part des auteurs d’Afrocentrismes, pour son livre paru 12 ans plus tôt aux PUF et intitulé : Black Athena. The Afroasiatic Roots of classical civilization. Vol. I. The fabrication of ancient Greece 1785-1985.
Mais, les raisons de cette lutte resteraient insuffisantes et infondées, si elles n’étaient pas motivées par une problématique de fond, liée même au livre de Fauvelle-Aymar et Cie. Problématique de fond qui du point de vue de Théophile Obenga est extrêmement contestable et dénuée de sens. Il remarque à cet effet que les 15 questions sur « l’histoire en jeu » figurant dans la première page de leur livre, relèvent en quelque sorte d’un non-sens et d’une insignifiance rebutante de part même leur caractère allusif et outrageusement provocateur. Evoquons quelques unes de ces questions : « l’homme est-il né en Afrique ? Ne sommes-nous pas tous les enfants d’une Eve noire ? Les Egyptiens étaient-ils des noirs ? Leur culture, leur langue étaient-ils apparentés aux autres cultures et langues de l’Afrique ?… ». A côté de ces questions, il souligne également des problèmes linguistiques et ceux liés à la méthodologie. Analysant à son tour cette problématique, Michel Kouam a précisé qu’il était difficile de la resumer et de la synthétiser, car le livre est « écrit par 19 spécialistes, chacun dans un domaine précis ». Obstacle donc de poids, a relevé l’intervenant, mais qui ne devrait pas nous empêcher de voir si cette problématique peut, comme c’est le cas chez Théophile Obenga, être pour nous autres l’objet d’une lutte où selon lui, s’affrontent les « traditionnels » dont on dit qu’ils sont les « défenseurs d’une vision conservatrice de l’histoire » et les « révisionnistes » qui du monde ont une vision « décolonisée » et pour « projet d’inverser la perspective « eurocentriste » afin d’écrire une histoire et une vision du monde plus juste et vraie ».
Telles peuvent être ainsi énoncés, du point de vue de Michel Kouam, la « raison profonde et les enjeux de la lutte » opposant les « traditionnels » aux « révisionnistes ».
Cette lutte est d’autant plus violente que comme le souligne Michel Kouam, les mots utilisés sont d’une étonnante virulence et relèvent d’un champ lexical et sémantique des plus belliqueux. Et, ils sont surtout le fait d’un Théophile Obenga au sommet de sa colère. Colère, il faut le rappeler comme nous l’avons déjà fait, est très inhabituelle, du moins exprimée de cette façon-là.
Les ferments sont, affirme Michel Kouam les propos exaspérants, ironiques, provocateurs et rageants de Fauvelle-Aymar. Pour illustration, citons parmi les plus significatifs de ceux-là : « Il n’est pas exagéré d’affirmer que Cheikh Anta Diop (1923-1986) fut l’intellectuel d’Afrique francophone le plus important de sa génération et qu’il reste à coup sûr l’un des seuls jouissant encore d’un prestige intact… Renommée incontestable donc, mais renommée tardive… De tous continents, la polémique continue de faire rage au sujet d’un certain nombre d’idées ou de thèses développées dans son œuvre. ». Egalement, le premier chapitre du collectif intitulé : « Cheikh Anta Diop, ou l’africaniste malgré lui, Retour sur son influence dans les études africaines » qui à côté de bien d’autres expressions, ont fini de faire sortir Obenga de sa réserve qui réagit, nous rapporte Michel Kouam, en ces termes : « Le bavardage africaniste de Fauvelle-Aymar, Chrétien, Mme Perrot et leurs amis, est d’ailleurs douteux vis-à-vis de lui-même : « Un nouvel africanisme ? », « Eve africaine ? », « Dans le troisième millénaire avec Black Athéna ? », …Ces points d’interrogation, nombreux, que signifient-ils ? ». Aussi, ce jugement : « Du charabia pur. Et du mensonge en plus. Quelle belle cacophonie, alors ? Quand à l’incompétence, elle se constate à chaque page de l’ouvrage. Musique, que bruit, que chahut. ».
Arbitrage ?
C’est dans un tel contexte marqué par une violence qui dénature « l’enjeu fondamental du débat » ainsi que l’a relevé Michel Kouam, qu’il s’est interrogé sur la possibilité d’un arbitrage entre les deux camps. Question bien entendu ouverte. Puis, constatant que d’un côté comme de l’autre, « c’est finalement le discours de la haine et de la négation de l’autre » qui l’emportait, il a identifié cette situation à une « nihilisme total » fort semblable à une « littérature philosophique camerounaise des années 1960 » ( Cf. B.J Fouda et S. Pokam, à propos de M. Towa ), il a conclu son exposé en passant la parole au modérateur, Fabien Kange Ewane, pour les questions d’un public venu massivement assister au Colloque.
Débats.
Questions (I).
David Ileba (Université catholique d’Afrique centrale) : C’est juste une observation que je voudrais faire pour dire que même si le ton de Théophile Obenga est sévère, on peut le comprendre dans la mesure où sa démarche participe d’une dénonciation de certains auteurs occidentaux qui cherchent à imposer leur vision du monde des choses. Toutefois, il est préférable de dépasser ces querelles pour nous inscrire dans la continuité du travail de Cheikh Anta Diop.
Jongwanè Dipoko ( Physicien et syndicaliste ) : Est-ce que vous-même, M. Kouam vous partagez le ton d’Obenga ?
Futcha ( Université de Yaoundé I ) : Quelles sont les faiblesses du livre Afrocentrismes ? Qu’est-ce qui fait qu’il soit finalement très peu digne d’intérêt d’après ce que vous avez dit ?
Réponses (I).
Je remercie Ileba pour ses observations et je commence par répondre au Pr. Futcha en disant que la manière dont on peut ce livre par certains points comme celui de la linguistique en disant que le comparatisme est plus axée sur les langues sémites et orientales que sur les langues bantoues. A mon avis, c’est un comparatisme très limité. La manière dont il étudie le rapport des comparaisons ne fait pas le tour de la question. En développant, on se rend compte que même si ce ne sont pas des injures comme chez Obenga, le ton est très ironique et il vise même parfois à nous dénier ce que nous aurions pu mettre au tapis de la recherche. Les auteurs du livre utilisent également des sources limitées au deuxième niveau et par conséquent incomplètes. Par exemple, ils n’évoquent pas les voyages de Platon en Egypte ne sont pas évoquées, sauf ceux de Diogène L.
Je répondrai maintenant au Pr. Jongwanè. Il est vrai, et Théophile Obenga le reconnaît, que le ton est violent et inhabituel : « Le ton est ici inhabituel, car je réponds directement à des attaques fort rageuses des africanistes eurocentristes ». De mon point de vue, je critique non seulement Obenga, mais aussi les auteurs d’Afrocentrismes, car il y a une éthique de l’écriture, d’une écriture qui doit porter. Mémé si le contexte de l’écriture se prêtait à quelque violence, cette dernière contribue à dissimuler les enjeux de notre débat. Aussi, pour dédouaner Obenga dont on a lu les travaux antérieurs, reconnaissons que c’est une violence occasionnelle.
Questions (II).
Steve Bobongo ( Etudiant UCAC ): Avant tout, je voudrais citer un passage de Georges Vignou à propos des Etats-Unis: “ L’afrocentrisme n’a rien à voir avec cela, une chose est d’honorer la contribution de l’Afrique à la civilisation de notre pays, d’enseigner l’histoire africaine, une autre est d’imposer une fausse histoire à savoir l’idéalisation de l’Egypte ancienne considérée comme un pays africain noir. Je partage le sentiment de ceux qui pensent qu’il s’agit d’une invention de la tradition, le danger est que cette notion est maintenant imposée dans les écoles publiques américaines en principe pour aider les enfants issus des groupes minoritaires à retrouver leurs propres valeurs, cette estime de soi dont on parle beaucoup ». Ne pensez-vous pas en réalité qu’il y a aujourd’hui dans certains milieux intellectuels africains ou afro-américains, une sorte d’égyptomanie ? Comment évaluer vous l’idéalisation de la contribution de l’Egypte antique à l’histoire de l’humanité ?
Fabien Eboussi Eboulaga (président d’Academia Africana) : C’est une remarque que je voudrais faire en disant que je pense que Michel Kouam aurait mieux fait de parler non pas d’afrocentristes en se référant aux auteurs du livre Afrocentrismes, mais d’africanistes eurocentristes (eurocentriques) parce que de tant en tant, j’ai le sentiment que l’auditoire est perdu. Il vaut mieux réserver l’afrocentrisme au mouvement connu sous ce nom et aux partisans de ce mouvement (afrocentristes). J’en profite ,si vous le permettez, pour apporter une ébauche de réponse à la question de Bobongo en disant que le problème de l’égyptomanie n’est pas nouveau. On peut dire que les grecs étaient égyptomanes. On pourrait par exemple faire le parcours de toute la littérature grecque d’Homère à Strabon et recenser les références à l’Egypte, l’image qu’ils se donnent de celle-ci, et on se rendrait compte que c’est comparable à ce qui se passe aujourd’hui chez les afrocentristes et les diopiens égyptomanes.
Pierre Chanel Afognon (Etudiant) : Pourquoi ne pas lire la violence ici notée chez Théophile Obenga avec la question de la mémoire ? Car, il me semble que s’il réagit ainsi, c’est compte tenu des acquis qui sont liés à l’histoire et à la mémoire d’un peuple qu’on veut ici remettre en cause, ce qui a des conséquences énormes sur tous les plans. Pourquoi appréhender cette violence sur un plan éthique au lieu d’aller plus loin et de constater qu’on a ici un problème de mémoire où notre responsabilité à tous est engagée, raison pour laquelle à mon avis, Théophile Obenga réagit de la sorte ?
Oum Ndigi ( Historien ) : J’ai été particulièrement, et ceci est plus une remarque qu’une question, sensible à la conclusion de M. Kouam qui se demandait si un arbitrage était possible ? Cette question cache un problème de fond qui n’est pas lié uniquement à l’intitulé de son exposé, mais à la désorganisation de l’école africaine qui se cherche encore. J’avais d’ailleurs à cet effet interpellé publiquement Théophile Obenga lors de commémoration du 10ème anniversaire de la mort de Cheikh Anta Diop à Dakar, en lui demandant d’organiser quelque chose dans ce sens en profitant de l’opportunité de la présence de plusieurs chercheurs africains dans le domaine. Mais, cette demande était restée lettre morte et à l’issue de la rencontre, le rapport général versa dans une autosatisfaction que je critiquai alors vivement. Je pense donc qu’il faut encourager ce type d’initiative, mais ne pas s’arrêter là et espérer qu’elle porte plus des fruits et s’inscrive dans la continuité pour l’émergence d’une voix africaine dans le domaine.
Réponses (II).
Au lieu de parler d’égyptomanie, je parlerai plutôt d’égyptophilie . Et, les grecs ne sont pas allés en Egypte pour le plaisir d’y aller. La convocation de l’Egypte ne relève pas d’un amour gratuit. Les égyptologues étudient l’Egypte pour découvrir le rapport qu’il y a eu entre l’Egypte et la Grèce, et non pour rien comme le terme même d’égyptomanie le dénote. J’opte pour la thèse de la triangularité sapientielle qui pose que si les grecs sont allés en Egypte comme on le dit, ils n’y sont pas allés la tête vide. Et rencontrant les prêtres, ils se sont forcément enrichis de savoirs nouveaux.
Quant à la question de Fabien Eboussi, au début j’utilise afrocentriste eurocentriste pour situer dans le cas de la Lutte d’Obenga, les deux camps en confrontation, tout en disant qu’il y a le terme afrocentricité dont on va parler en Amérique. Donc, j’ai bien pris soin de faire ces précisions terminologiques.
II
Après l’intervention de Michel Kouam, c’est Ernest-Marie Mbonda qui a pris la parole pour entretenir l’auditoire sur un thème qui au vu de son intitulé s’inscrivait sur un tout autre plan, mais toujours lié, que celui évoqué par son prédécesseur qui, en rendant compte des « Significations de La Lutte » avait laissé entrevoir. L’afrocentrisme, critique de l’eurocentrisme. Il ne fallait pas mieux pour s’inscrire dans la continuité de la Lutte.
Mais avant, Mbonda a voulu préciser deux choses : le soupçon que l’on est en droit de porter au sujet de « toute attitude qualifiable de « centriste » » du fait que cette dernière se pose en juge des « attitudes similaires » d’une part, et d’autre part la pertinence même de la question de l’afrocentrisme comme critique de l’eurocentrisme. Cela ne constitue-t-il pas une sorte d’enfermement dans le cercle vicieux de « la revendication idéologique, de l’autoflagellation et de la victimisation ? ». Ce sont ces deux questionnements qui lui ont permis de livrer de l’ouvrage sus-cité de Molefi Kete Asante, sa lecture du phénomène.
Elle (sa lecture) s’est ouverte sur une question fort évocatrice : l’afrocentrisme est-il une idéologie suspecte et revancharde ? A cela, il a commencé par dire qu’en admettant l’idée de la première préoccupation par lui supposée au début de son intervention, on pouvait le concéder. Et de fait, l’afrocentrisme comme l’eurocentrisme serait disqualifiable à bien des égards pour sa prétention à l’érection de ses valeurs en « paradigmes universels ». Disqualifiable aussi du fait des « contrastes manichéens » dont elle se gargariserait : « L’Occident individualiste et l’Afrique de la solidarité, l’Occident de la rationalité calculatrice et utilitariste et l’Afrique humaniste. ». Les tenants de cette vision étriquée des choses a dit Mbonda, sont entre autres, Leonard Jeffries, Simon Kimbangu,… Il a néanmoins affirmé la comprendre thérapie aux « peuples victimes d’une infériorisation pluriséculaire ».
Il y a également cette autre attitude afrocentriste qu’il a décrite et qu’on retrouve sa deuxième préoccupation. Elle consiste à verser (malheureusement) dans la victimisation, promouvant ainsi cette « idéologie de la démission, de la mauvaise foi et du refus d’assumer ce qu’on est ou même ce qu’on est devenu ».
Après avoir ainsi brossé sans complaisance ce tableau de l’afrocentrisme, il a dit se trouver dans une impasse, compte tenu du fait que l’afrocentrisme ne peut être compris que présenté de la façon dont il l’a fait. Comment donc dès lors, le récupérer pour en faire une critique de l’eurocentrisme malgré ses tares et ses nombreux contre-sens ? Pour y parvenir, il a fait appel à Molefi Kete Asante, ou du moins à l’un de ses ouvrages intitulé : The Painful Demise of Eurocentrism. Considéré comme l’un des pionniers de l’afrocentrisme américain, ce dernier enseigne l’ « africology » au Temple University, et serait le « père » même du terme afrocentrism inventé en 1976.
Dans ledit ouvrage, nous rapporte Mbonda, et précisément dans la préface, l’énigme est résolu par Molefi Kete Asante qui dit ne pas vouloir instaurer un afrocentrisme qui soit une réplique de l’eurocentrisme avec tout ce que ce dernier a d’infériorisant et de méprisant. Mais, de lui opposer un afrocentrisme, pouvons-nous dire, du dialogue des cultures et de la justice. Telles sont d’ailleurs les grands axes du projet afrocentriste tel que défini par Théophile Obenga et Cheikh Anta Diop. En ce qui concerne d’ailleurs Cheikh Anta Diop, il est considéré par Molefi Kete Asante comme l’afrocentriste le plus éminent du XXe siècle, en raison de « l’audace scientifique qui l’a conduit à opérer, dans l’historiographie africaine, une véritable subversion épistémologique des théories dominantes ». Quant à Théophile Obenga que Molefi Kete Asante place dans la suite de Cheikh Anta Diop, il joue lui aussi un rôle majeur et peut être reconnu comme « l’un des plus grands pionniers de l’afrocentrisme ». Et, leur œuvre est tant importante (scientifiquement parlant) qu’elle a eu et continue d’avoir aux Etats-Unis un écho fort favorable.
Sur ce, Mbonda a introduit un autre pan de l’œuvre de Molefi Kete Asante, dans le dessein de dire qu’elle était non seulement un excellent compte-rendu de la situation afrocentriste aux Etats-Unis, mais aussi qu’elle présentait de façon intéressante les adversaires et les tenants du courant afrocentriste. En ce qui concerne les tenants, il a énuméré plein d’auteurs et de leaders d’opinion de renom qu’on peut classer, entre autres, parmi les activistes et les militants des droits civiques. Ils sont en gros, Marcus Garvey, Du Bois, Edward Blyden,… Ils font de la connaissance, un instrument de « libération sociale, culturelle, politique et économique de l’Afrique ».
Toutefois, dans le même temps, il pense que seuls deux ouvrages ont pu avec efficience systématisé la question afrocentriste. Il s’agit du livre de Kariamu Welsh intitulé : Textured Women, Cowrie Shells, Cowbells and Beetlesticks, paru en 1978 ; et le sien intitulé Afrocentrity paru en 1980. Ces deux ouvrages de son point de vue, à la suite de Cheikh Anta Diop et de Théophile Obenga, contribuent de façon efficace, à poser le problème de la reconquête par les Noirs dans le monde, de leur place de sujet, rompant ainsi avec « l’objectivité européocentriste qui n’est rien d’autre que la « subjectivité collective des Européens » ». Dans une telle perspective, l’afrocentrisme a une visée « essentiellement libératrice ». Mais, ses ennemis, pourrait-on dire, n’en démordent pas et ravalent la plupart des thèses afrocentristes à des simples arguties qui comme le dit l’un d’eux, Arthur Schlesinger notamment, visent uniquement à donner aux Africains et à leurs descendants Américains un prestige historique fort contestable. Avec lui, il y a également nous rapporte Mbonda, Mary Lefkowitz et Kwame Anthony Appiah (la liste est loin d’être close). A ceux-là, Molefi Kete Asante à travers une typologie originale qui va des « capitulationnistes » qui ne croient pas que les Africains puissent occuper une position de sujet dans le monde, aux « loyalistes européanisés » qui croient fermement à « l’incapacité connaturelle des nègres à produire des savoirs consistants » et enfin à ceux qu’ils appellent les « maskers », c’est-à-dire des individus extrêmement troublés qui donneraient tout pour renier leur identité, mais qui en même temps se rendent compte que cela leur coûterait une « marginalisation tragique » ; à ceux-là, Molefi propose tout simplement une (re)-découverte de l’Afrique et de son histoire vraie, qui est au-dessus de tous les considérations que nous venons d’énoncer.
C’est sur ce que, Mbonda a voulu conclure son exposé en affirmant qu’autant le livre de Molefi était intéressant compte tenu premièrement, de sa présentation appréciable de l’afrocentrisme aux Etats-Unis, deuxièmement de l’utilisation de cet afrocentrisme-là comme réaction à une agression de certaines minorités à divers niveaux, et troisièmement du fait de sa prétention à la déconstruction des paradigmes prétendument scientifiques de l’eurocentrisme ; qu’autant, la « présence de la polémique » dans ledit livre, conduisait à se demander si « l’afrocentrisme peut véritablement s’affranchir des préoccupations idéologiques et idiosyncrasiques » ?
Débats.
Questions (I).
( Un étudiant de l’Université catholique d’Afrique Centrale) : Je me suis rendu compte que lorsqu’on parle de l’afrocentrisme, c’est surtout en réaction à l’eurocentrisme ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui explique cet acharnement, si on peut ainsi dire, sur l’Europe seule ? Aussi, vous avez dit tout à l’heure qu’un historien qui se met au service d’une partie de son histoire, s’expose à deux préjugés. Je voudrais savoir s’il y a possibilité d’une histoire totale pour un historien ?
(Michel Kouam) : J’ai juste deux petites remarques à faire. Premièrement, je voudrais dire que j’ai beaucoup apprécié l’expression « son afrocentrisme » dans votre exposé de tout à l’heure. Car, il y a là une question terminologique. On parle dans le livre d’Asante d’ «afrocentric ». Ceci nous permet de comprendre que le concept est bien celui de l’afrocentricité. Si on parle d’afrocentrisme dans ce cas, c’est tout simplement pour renvoyer au mouvement, au courant dans lequel s’inscrit cette réflexion. Il faut le distinguer de l’africanisme eurocentriste. Ma deuxième contribution se situe au niveau des livres que l’on pourrait également consulter. Si Asante dit qu’il n’ y a que deux livres qui ont rendu compte avec efficience de la situation afrocentriste, soit il y a mensonge, soit il n’a pas fait le tour. Déjà en 1929, il y a Butler qui écrit un livre intitulé Negro and Greek and the Roman Civilization qui parle des études qui prolongent à la question de l’afrocentrisme. Mais, il y a surtout B. James qui en fait écho dans son livre intitulé Eurocentric history. Ceci pour dire qu’il y a pas mal d’ouvrages qui ont traité de la question, et il serait réducteur d’en référer uniquement à deux livres.
Innocent Futcha (Université de Yaoundé I) : Dans quelle mesure peut-on dire que l’afrocentrisme a quelque ressemblance avec tous les autres centrismes ?
Réponses (I).
Fabien Eboussi Boulaga : Je voudrais, si vous me le permettez répondre au premier volet de sa question en disant que, cette concentration sur l’Europe, s’explique par le fait qu’elle est dominante. Elle domine et l’Europe, et l’Asie et l’Afrique. Néanmoins, on peut s’informer davantage sur les autres courants comme l’orientalisme…., qui ne peuvent que féconder notre propre manière de réfléchir sur ces questions. Je voudrais ajouter en ce qui concerne l’afrocentrisme qu’il est une méthode où résolument, on se met du point de vue africain pour tout problème qui se pose. Quand nous réfléchissons sur les problèmes des peuples africains et des institutions africaines, il est de bonne méthode de nous centrer, de chercher les normes de nos pratiques, de nos interprétations, de nos définitions, dans le phénomène même, en cherchant sa loin immanente. Il s’agit de chercher la logique immanente des réalités africaines. Si nous ne voulons pas nous égarer dans la mauvaise conscience, il faut plutôt opter pour un afrocentrisme méthodique.
Je remercie le Pr. Eboussi pour cette contribution. Est-il possible à un historien de faire une histoire totale ? Je répondrai que non. J’ai voulu plutôt dire, et vous m’avez sûrement mal compris, que si un historien veut faire une histoire, il faut qu’il évite de tomber dans ce piège qui consiste à faire de son histoire, l’HISTOIRE.
Je voudrais maintenant répondre à la question de M. Futcha qui se demande quel est vraiment le lien entre l’afrocentrisme et les autres centrismes. Si nous parlons d’un afrocentrisme méthodique, on se rend compte que la valeur, du point de vue épistémologique, politique et idéologique est différente est différente des autres centrismes.
Questions (II).
David Ileba :Je voudrais savoir si l’afrocentricité ne se justifie pas dans ce sens où l’on pense que l’Afrique est le berceau de l’humanité ?
Réponses (II).
L’afrocentricité ne se justifie-t-elle pas par le fait que l’Afrique est le berceau de l’humanité ? Je dirais oui et non. On ne peut pas justifier l’afrocentricité par le fait que l’Afrique est le berceau de l’humanité. Même si certaines recherches avaient démontré que c’est plutôt l’Asie qui l’est, rien n’empêcherait qu’il y ait une démarche afrocentriste qui consiste à mettre en évidence ce que l’Afrique a comme richesses, connaissances et civilisations, …
III
L’orateur NDINGA commence par présenter les motifs du choix du sujet , Des stéréotypes à la conquête d’une identité. Le premier motif est la multiculturalité dans laquelle s’intègre les stéréotypes de divers ordres. Le deuxième motif est en relation avec les excroissances des stéréotypes dégénérant dans l’égocentrisme, le racisme et la montée des identités collectives. Le troisième motif tient du souci de savoir si l’Afrique est un mythe ou une réalité. Après la désignation à grands traits de la cause finale de son sujet, l’orateur procède à une définition du terme stéréotype. Celui-ci s’entend comme un ensemble de représentations et de verbalisations collectives envers l’<> pour le caractériser dans une tendance à distinguer les groupes humains les uns des autres.
Mais le stéréotype comporte des aspects aussi bien positifs que négatifs. C’est dans son côté négatif qu’il faut alors relever la tendance à l’ethnocentrisme. L’aspect ici fustigé est l’occidentalisme ou l’eurocentrisme qui dichotomise la relation Nord-Sud ; le Nord étant pris pour le centre du monde détenteur de la civilisation universelle et le sud étant relégué au statut de « l’autre », barbare-hors culture, rabaissé au degré inférieur de l’humanité. La simulation de la reconnaissance de la communauté de destin de l’humanité pousse l’autosatisfaction occidentale à combler les lacunes intellectuelles des Africains par la violence symbolique et physique. L’opinion entretenue par une chaîne de télévision francophone nommée TV5 marque le complexe de supériorité qui prétend percevoir dans les usages de communication du Sud une tendance naturelle à l’oralité et reconnaît au Nord l’exclusivité du langage élaboré. De ces stéréotypes, il se dégage un racisme franc ou feint. Dans sa manifestation franche, le racisme fait du Noir un « enfant » et dans sa manifestation feinte , le racisme justifie le retard du Noir par le déterminisme biologique théorisé par les thèses soutenues par DARWIN.
Quelle que soit son intensité, le racisme participe des thèses hégéliennes qui font de l’Afrique un continent à problèmes. Le politologue Samuel HUNTINGTON, dans son interrogation « The clash of civilisations ? », en vient à dénier à la culture africaine toute forme de spécificité. Après avoir fait état de l’image de l’Afrique telle qu’elle est appréciée par l’Occident, l’orateur propose un procédé d’action basée sur la culture d’une éthique de soi-même perçu comme « autre ». Il s’agit d’un engagement de l’attestation de confiance en soi, en vue d’une réappropriation d’un pouvoir de clamer haut et fort « Me voici ». A la suite de Paul RICOEUR il importe pour l’Afrique de faire du « Me voici », « Nous voici », un acte du passé pour réécrire sa fondation spirituelle et ainsi se réinsérer dans la tradition égyptienne comme devoir de rétablissement de la vérité et de la conquête d’une identité. En tant que dénonciation du mensonge de l’Occident, le « Nous-voici » est résolument un acte du présent dénué de mythologies stériles du passé. Enfin, le « Nous-voici » est un acte du futur établissant un autre rapport de connaissances productrices de la puissance de actes futurs.
Après avoir ponctué son exposé sur des perspectives d’avenir sereines, l’orateur NDINGA est relayé par le modérateur NGAMENI qui fait une synthèse de l’intervention avant d’ouvrir la phase du débat.
Résumé de l’exposé :
Au terme de la communication sur Des stéréotypes à la conquête d’une identité, nous retenons que les stéréotypes sont des représentations d’une image d’un groupe différent pouvant déboucher sur une catégorisation souvent négative des gens. La dérive négative des stéréotypes s’exprime dans l’ethnocentrisme qui confèrent aux peuples du nord le sentiment de supériorité et à ceux du Sud un complexe d’infériorité dégradant. Les premiers se font passer pour les détenteurs de la civilisation universelle, les seconds se voyant voués au rang des sauvages, des barbares. Plus dangereusement, les stéréotypes fondent le racisme selon lequel le Noir est un grand enfant, le Jaune faux et l’Arabe fanatique et dangereux.
Pour une Afrique accusée de tous les travers, l’orateur NDINGA propose une voie de sortie. Il est question de la définition d’une éthique de confiance en ce que les Africains sont et font. La proclamation du positionnement de l’Afrique à l’accusatif sous la formule « Nous-voici » (« Me-voici ») impulse un combat soutenu contre les stéréotypes pour une réappropriation de la partie utilisable du passé, c’est-à-dire l’identité égyptienne.
Débats.
Questions (I).
KANGE EWANE, exprime d’abord sa satisfaction pour la bonne qualité de l’exposé qui vient d’être suivi. Comme question, il demande à l’orateur, personnellement en tant que responsable (Doyen de Faculté), quelles mesures il a prises pour baliser le chemin vers l’éthique « de soi ».
ILEBA, pose la question de savoir comment est possible l’émancipation des Africains qui ploient sous la poids de l’imaginaire auquel ils se trouvent rivés.
Un participant qui n’indique pas son nom demande si l’éthique de soi énoncée dans le « Nous-voici » ne pourrait pas se dissoudre dans l’anonymat du « Nous » qu’il faudrait remplacer par le « me » plus engageant du « Me-voici ».
FUTCHA s’interroge sur le pouvoir d’émancipation d’un mot d’ordre « Nous-voici » chargé du poids de l’accusation.
Réponses (I).
A KANGE EWANE, l’orateur annonce qu’il vient de sensibiliser se collègues de son propre milieu universitaire et ceux qui viennent des autres universités à la refonte de l’enseignement de la science sous forme d’une relecture critique des origines de la philosophie. Un colloque international sous ce thème est prévu dans les meilleurs délais pour l’amorce de la promotion de l’éthique de soi.
A ILEBA, il est dit que le projet d’émancipation de l’Afrique comme exigence d’une temporalité existentielle se forme sur un champs de possibilités ouvertes. L’enjeu réside dans la simulation du futur pour une prospective optimiste.
Au participant qui n’a pas indiqué son nom, il est précisé que le « Nous », contient les individualités intégrés dans un groupe historique. Ce sont les « Moi » du noyau éthicomythique comme le conçoit Paul RICOEUR.
A FUTCHA, il est dit que la notion d’accusation ne se réduit pas à la condamnation. L’accusatif est en fait un nominatif, « me voici » nous laissant, me laissant une chance de survie.
Questions (II).
BITONG s’inquiète pour les effets négatifs de la lecture linéaire de l’histoire de l’Afrique ainsi que de la faiblesse de l’enseignement universitaire africain qui n’intègre pas le génie africain.
JEAN PAUL avoue être indisposé par l’exposé du fait qu’il ne comprend pas ce que c’est qu’être africain et ce dont on accuse réellement les Africains. Et si l’Afrique est un continent à problèmes, qu’y a-t-il à s’offusquer de ce que l’on dit qu’il est ?
FIDELE demande s’il existe des stéréotypes entretenus par les Africains vis-à-vis des Occidentaux.
Joseph TWAGIRAYEZU n’exclut pas l’éventualité du déplacement de la source de la science et de la philosophie, c’est-à-dire de la civilisation, ailleurs loin de l’Afrique, selon la sagesse épistémologique d’après laquelle « il n’y a pas de vérités premières, mais des erreurs premières ». Sa question est de savoir quelles précautions les Africains prennent en prévision d’éventuelles découvertes scientifiques qui énonceraient un discours peu ou prou différent de celui qui a cours aujourd’hui sur le passé de l’Afrique.
Réponses (II).
Une brève réaction est apportés aux préoccupations exprimées par Fidèle et Bitong :
Nous sommes entrain de réécrire l’histoire de la science. La DOXA peut aussi prévaloir dans un camp comme dans l’autre. L’histoire peu se lire indifféremment par ruptures épistémologiques ou de manière linéaire.
Questions (III).
Parfait Dtématio Akana demande si les connaissances scientifiques sont constitutives d’un social historique récupérable en tant que légitimité d’affirmation.
Réponses (III).
Le rétablissement de la vérité historique va dans le sens d’une reformulation des concepts fondateurs utiles à la valorisation du savoir-faire.
IV
EBOUSSI entre dans la matière en précisant que la thématique, « AFROCENTRISME II », inscrite à l’ordre du jour et dans laquelle s’insère le sujet, Le futur antérieur : Cheikh Anta Diop et l’Afrocentrisme, révèle une dynamique de réflexion sur nos recherches du moment et du futur.
Cheikh ANTA DIOP aujourd’hui à l’étude, apporte un changement d’échelle de connaissances non pas seulement temporelles mais également spatiales. De ce point de vue, la civilisation africaine dont nous rendons compte se pose comme une synthèse de cultures précédant l’émergence de cette civilisation. Mais l’œuvre de Cheikh ANTA DIOP n’est pas une exclusivité de son auteur. Elle est la résultante des apports de ses prédécesseurs dans la quête du savoir et nous arrive comme un horizon d’attente.
Située du côté de la réception, l’Afrique héritière naturelle des conclusions diopiennes se doit de relever le défi de la sortie de ses impasses de tous ordres ? Comme pour réinventer son passé, le continent africain peut trouver la voie de la solution à ses multiples problèmes au travers de l’enseignement de LEFEBVRE selon lequel « L’homme invente le passé dont il a besoin ». A la suite de Cheikh ANTA DIOP donc, transformer le présent pour le futur, fait du passé un futur antérieur, d’où Le futur antérieur : Cheik Anta Diop et l’afrocentrisme.
De fait, le temps de l’histoire est un futur antérieur. Nous avons besoin du passé qui nous propulse vers l’avenir.
Quant à l’envergure de la personnalité de Cheikh ANTA DIOP, son œuvre nous en révèle toute l’étendue. Ici, le conférencier EBOUSSI tient à attirer l’attention de l’auditoire sur le fait que l’œuvre diopienne est plus grande que son auteur. Pour cela, l’exploitation de cette œuvre doit s’opérer avec ou contre son auteur, selon l’énoncé de DERRIDA pour qui « l’homme n’est pas rétabli dans son antérieur surélevé ». Il n’existe pas d’histoire canonique qui ne s’impose de manière autoritaire, tout le sens d’une œuvre réside dans l’usage que « j’en fais ».
L’épanouissement de l’œuvre de Cheikh ANTA DIOP aux Etats Unis d’Amérique dans les milieux noirs, témoigne de la véritable étendue de ce qui a vocation de transformer les paradigmes beaucoup plus dans les usages que dans les écoles. Les cercles concentriques de cette culture issue d’une Afrique berceau de l’humanité se déploient par vagues successives intégrant d’autres cultures et devenant par ce fait une œuvre aussi bien politique que littéraire.
Politiquement néanmoins, la notion de souveraineté territoriale en Afrique s’oppose comme un frein à la jouissance du legs émancipatif diopien. En effet, la réalité de la frontière nationale est porteuse de la guerre entre États ; fait contradictoire avec le panafricanisme intégral appelé de tous ses vœux par l’auteur de Nations nègres et cultures. Force est alors de mettre en œuvre un nouveau paradigme en compatibilité avec l’élan de l’africanité.
Il importe d’impulser une compénétration des micro-identités pour un afrocentrisme bien intégré dans la mondialisation. Dans la foulée de la doctrine héritée de Cheikh ANTA DIOP, notre remise en question du côté critiquable du capitalisme s’inscrit dans un afrocentrisme positif.
Résumé de l’exposé :
Nous en sommes au postulat que l’œuvre de Cheikh ANTA DIOP est plus importante au point de vue de la méthode d’approche qu’au plan de son contenu. Le concept de civilisation apparaît comme une grammaire de deuxième degré, comme un élément d’un ensemble plus complexe. Ceci fait de l’œuvre diopienne un objet d’attente. Cette œuvre dépasse l’individu Cheikh Anta Diop que l’Afrique envoie vers le passé pour s’approprier la grille de lecture tournée vers l’avenir. Cette œuvre dépasse aussi l’Afrique elle-même pour s’étendre outre-atlantique où elle est intégrée par les Africains-Américains. Mais la réception américaine de Cheikh ANTA DIOP nécessite de lire l’histoire par paradigmes non occidentaux qui sont dépassés par ce qui est enseignés ; cela dans la mesure où nous envisageons la possibilité d’adopter une compénétration interne (en Afrique) et externe (vers le monde).
Questions (I).
Léon MUGENZI pose la question d’une histoire à deux sens comme au Rwanda où les événements de 1994 sont pris pour la conséquence d’une histoire mal enseignée. Le pouvoir qui entreprend de reformuler l’histoire du Rwanda est-il capable de le faire sans arrière-pensées politiques ? Le fait-même de refonder l’histoire ne peut-il pas amener à ne plus avoir d’histoire ?
ILEBA demande si le renversement méthodique attribué à Cheikh ANTA DIOP n’est pas la copie du procédé adopté par la Grèce ancienne. Aussi demande-t-il si l’œuvre de Cheik ANTA DIOP est prise dans toutes ses dimensions au-delà de la territorialité africaine.
Réponses (II).
Il y a lieu de se poser également la question de savoir quelle est la faisabilité réelle et l’utilité pour le Rwanda de réécrire son histoire, puisque ceci ne pourrait se faire que de façon bureaucratique à coup de livres. Dans son essence, l’histoire s’opère de fait, par le mouvement social, économique, culturel… Ce qui importe c’est de revoir le Rwanda dans le cadre de l’espace territorial africain. Il faut de même avoir l’honnêteté intellectuelle d’affronter le problème rwandais dans les paramètres spatiaux, démographiques et politiques. En tant que leçon à tirer de l’histoire, le cas Rwandais est à prendre comme tabou. Les ingrédients à l’origine du drame rwandais se retrouvent partout en Afrique à des degrés variés. Tous comptes faits, l’histoire du Rwanda se ferait mieux au moment où le Rwanda serait différent de ce qu’il est aujourd’hui.
Le renversement d’échelle consiste en la compréhension du plus petit pour la compréhension du plus grand. Pour la compréhension de quelque chose dans l’humain, Cheikh ANTA DIOP se hausse au niveau de la culture. Cependant, les problèmes de la territorialité sont aggravés par les groupes au pouvoir qui s’affrontent. Bien sûr, l’œuvre de Cheikh ANTA DIOP est plus grand que son auteur, cela a été explicité au cours de l’exposé.
Questions (II).
Pierre Channel Afognon, demande la parole pour attirer l’attention de l’auditoire sur la longueur d’avance prise par les Africains-Américains se déterminant en tant qu’Africains contrairement aux Africains qui se définissent en tribus, ethnies et clans. Aussi déplore-t-il la dévalorisation du savoir en Afrique à l’opposé de l’Amérique qui favorise la réalité intellectuelle dans tous ses aspects.
Réponses (II).
L’histoire a pris le pas sur la géographie. Les Africains-Américains anticipent un état de fait vers lequel doivent tendre les Africains appelés à se définir aussi en tant qu’Africains. Le savoir en Amérique est une valeur marchande. Étant donné qu’en Amérique on a assigné une fin à l’économie, le mobilisation des fonds et du savoir lui-même s’ensuit automatiquement. Pour l’Afrique on ne peut pas maîtriser l’économie qu’en faisant une économie politique.
1 Molefi Kete Asante, The Painful Demise of Eurocentrism, Trenton/Asmara, Africa World Press, 1999.
1 Afrocentrismes, l’histoire des africains entre Egypte et Amérique, 402p, Karthala, Paris, 2000.
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