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Débat - De la Négrologie à la Négrophobie
Odile Tobner, la veuve du célèbre écrivain Alexandre Biyidi Awala dit Mongo Beti, a présenté le livre “ Négrophobie ” dont elle est co-auteur au Café Littéraire du Kaba-Ngondo à Yaoundé. Il s’agit en réalité d’une réponse critique au livre “ Négrologie ” du journaliste français Stephen Smith.
Il n’y avait pas autant de monde au Kaba-Ngondo au soir du 10 ma rs dernier que lors des précédents débats sur l’homosexualité et autres. Pourtant le thème et l’invité du Café Littéraire de ce jour ne manquaient pas d’intérêt. Il s’agit bien de la “ Réponse de Madame Mongo Beti aux racistes occidentaux qui méprisent l’Afrique ”. Ainsi libellé, le sujet à traiter de même que l’intervenante auraient pu susciter une effervescence aussi bien chez les occidentaux vivant ou de passage à Yaoundé [Cameroun], que chez les Africains qui ont encore à cœur le devenir de l’Afrique. Ce ne fut malheureusement pas l’effet de salle comble. Toutefois, il y avait du gratin intellectuel de Yaoundé avec au premier rang des personnalités comme Jean Emmanuel Pondi, Célestin Lingo, Philippe Bisseck et autres membres de la Sambe (Société des Amis de Mongo Beti). Tous, de manière quasi unanime n’ont en tout cas pas regretté de s’être déplacé pour le Kaba-Ngondo pour cette circonstance.
Introduisant Odile Tobner, Dorothée Kom a demandé à l’assistance de se montrer attentive tout au long de son intervention. Elle n’avait vraiment pas besoin de le dire. Madame veuve Mongo Beti, à l’image de son très regretté époux, a le propos à la fois alerte et déroutant. Et, on ne part plus à l’aise dans le sujet du jour, parce que plongeant dans les enjeux du combat pour l’émancipation de l’Afrique et des Africains qu’elle a épousé en même temps qu’Alexandre Biyidi Awala.
De quoi s’agit-il donc dans “ Négrophobie ” ? Il s’agit d’une réponse pugnace adressée à Stephen Smith qui dans son ouvrage “ Article11-2005 Négrologie, ou pourquoi l’Afrique noire se meurt ” publié en 2003 aux Editions Calmann-Lévy en France, présente “ l’Afrique noire comme étant une région habitée en somme par des gens qui ne sont pas des hommes. ” Odile Tobner commence ainsi à retracer l’historique de ce discours raciste, qui depuis 300 ans fait des Noirs des cannibales, des sauvages qui passent leur temps à se massacrer. Selon Odile, tout est dit comme s'il faudrait enlever les Noirs de la où ils sont, y installer les Blancs pour que tout aille bien. C’est-à-dire moins de guerres tribales, moins de mauvaises gouvernances, moins de Sida, et peut être moins de grippe aviaire… “ Vous verrez que même pour le cas spécifique de l’Afrique du Sud, tous ces racistes Blancs qui n’ont rien compris à l’Afrique et dont Stephen Smith se fait le porte-parole dans “ Négrologie ”, il y en a qui disent que voilà, c’est vrai que les Noirs ont vaincu les Blancs, mais en réalité ça ne marchera jamais parce que ce sont les Noirs qui dirigent. Moralité, il faut absolument recoloniser ” a commenté Odile Tobner. Rapportant par la suite une discussion que Boubacar Boris Diop, feu François-Xavier Verschave et elle-même Odile Tobner ont eu au cours du salon du livre d’une grande capitale occidentale avec Stephen Smith sur les révélations faites dans son livre “ Négrologie ” et qui, par la suite a suscité la publication par eux de l’ouvrage “ Négrophobie ”, la veuve de Mongo Beti s’est dit outrée par l’attitude de Stephen Smith qui, dépourvu d’arguments, s’est péremptoirement contenté de dire aux Africains et à tous ceux qui leur ressemblent de retourner chez eux en Afrique pour aller construire leur pays.
En fait, tout le discours de l’auteur de “ Négrologie ” est basé sur une haine du Noir qui, à ses yeux, selon l’argumentaire d’Odile Tobner, sont des sous-hommes. “ A aucun moment dit-elle, il ne relève les aspects positifs de ce continent, notamment les efforts déployés chaque jour par la société civile africaine pour améliorer les conditions d’existence des pays africains meurtris de longues années durant par la colonisation. ” Il s’agit donc d’une idéologie d’oppression de ces racistes Blancs qui n’ont que du mépris pour les Noirs. “ Il faut les entendre critiquer les Africains en des termes révoltants. Ah ! ces polygames ! Avec leurs enfants qui jouent dans la rue, au lieu de rester à la maison comme les nôtres… Tout cela est affreux, et le propos de Stephen Smith est absolument haïssable. Surtout lorsqu’on l’accule – il vous dit sans frémir un peu comme pour se défendre et défendre son amour pour l’Afrique – parce qu’il a écrit autrefois que Paul Biya est un vacancier au pouvoir… C’est tout ! ”
Démystifier ce discours
Pour Odile Tobner, Boubacar Boris Diop, et François-Xavier Verschave, il fallait absolument démystifier ce genre de discours sur l’Afrique. Surtout qu’il a tendance à se banaliser dans la bouche de ces gens qui, selon le propos d’Odile Tobner, n’ont rien compris à l’Afrique. “ Négrophobie ” est donc la réplique à “ Négrologie ”. En fait, pour Madame veuve Mongo Beti, le livre de Stephen Smith aurait dû s’appeler “ Négrophobie ” pour stigmatiser sa haine des Noirs et de l’Afrique noire. En quatre chapitres les trois co-auteurs en font la démonstration relevant au passage les incohérences de Stephen Smith et des discours officiels des autorités françaises avec tout ce qu’il y a comme préjugés racistes. Que ce soit sur le génocide des Tutsis du Rwanda ou encore l’action de la coopération française en Afrique avec notamment la constitution des réseaux mafieux, La France n’a de l’Afrique noire qu’une volonté de domination tous azimuts. Et en cela, révèle Odile Tobner, Jacques Chirac est une grosse catastrophe pour l’Afrique. “ Vous vous rendez compte que dans un discours officiel, Chirac dit des Africains qu’en les regardant dans la rue, lors de ses passages pendant ses visites, il remarque qu’ils sont riants… Une absurdité grave qui peut faire sourire, mais qui montre bien quel est l’esprit de la coopération française selon les dirigeants français. Les Africains sont riants… ”, dit-elle en souriant.
Odile Tobner continue son propos en critiquant toute la société française dont les intellectuels actuels ont un caractère provincial. Pour elle, il n’y a plus de vrais intellectuels en France depuis la disparition de Sartre ou Deleuze. Les autres sont quelques petits agitateurs racistes dont on ne se souviendra même plus 50 ans plus tard. Une telle position a naturellement provoqué des rires dans la salle au point ou certains ont pensé que madame Biyidi exagérait quelque peu. Toutefois, elle est restée ferme dans son propos. “ Négrologie ” reste donc l’histoire d’un Blanc qui parle des Noirs avec suffisance et insuffisance. “ Négrophobie ”, le livre de Boubacar Boris Diop, François-Xavier Verschave et Odile Tobner, même s’il n’a pas bénéficié de la même publicité que “ Négrologie ” du journaliste Stephen Smith, est une mine précieuse pour tous ceux qui aiment l’Afrique et qui la soutiennent dans son combat de libération totale du joug néocolonial des Occidentaux qui la méprisent. C’est certainement pour cela qu’au cours du débat qui a suivi la présentation de Odile Tobner (dont le vrai nom à la naissance est Odile Lebrosé) le professeur Jean Emmanuel Pondi s’est félicité de cette initiative en disant qu’il est désormais utile que pour un sujet important qu’il y ait une réplique organisée. C’est ce qu’ont fait les trois co-auteurs pour répondre à Stephen Smith. Un point de vue partagé par tous avant la séance de dédicace qui a clôturé cette autre édition du Café Littéraire Kaba-Ngondo.
“ Négrophobie ”, Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, François Xavier Verschave, 201 pages, Editions Les Arènes, juin 2005 Paris France.
Par Jean François CHANNON
Le Messager du 15-03-2006
http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=524
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