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Gaston Kelman, l'écrivain kamet aux « yeux bleus ».
LES TEXTES :
TEXTE1. Gaston Kelman : On a failli me lancer des tomates à Douala
TEXTE2. Je suis noir, et alors ?
TEXTE4. Gaston Kelman et les tomates camerounaises...
TEXTE3. Café litteraire: Basseck et Nkot contre Kelman
Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
INTERVIEW
25 Août 2005
L'écrivain camerounais milite pour une culture de l'universel.
Après Je suis noir et je n'aime pas le manioc, vous revenez avec, bientôt, une autre oeuvre. Quels sont les thèmes qui y sont développés?
Dans le premier livre, je faisais un état des lieux pour voir où est-ce que nous en sommes. Cette fois, je dis pourquoi nous en sommes là, quelle est la place de la colonisation et de l'esclavage dans la constitution des identités noires et quelles sont ces identités, quelle est la place de la peau dans la détermination des identités, aussi et comment nous en sortir, notamment dans le contexte noir en France. Donc, c'est un peu une continuité. Il s'agit de pointer le doigt sur les causes et sur les méfaits de ce passage à la colonisation et à l'esclavage. Les méfaits dans la population blanche, qui a ses angoisses à elle, et les méfaits dans la population noire, qui a de très gros tourments qui vont du dolorisme à parfois une espèce de volonté d'égaliser par le bas, des aigreurs à l'afrocentrisme et à toutes ces doctrines-là qui ne sont pas propices à la réflexion. Mais aussi, à tout ce que Franz Fanon appelle la disparition de l'homme blanc et de l'homme noir. Je suis dans une perspective fanonienne, que je cite beaucoup dans cet ouvrage.
En ce qui concerne le titre, il est provisoire. Puisque j'ai remis mon texte à l'éditeur à qui appartient la première et la quatrième de couverture. Dans un souci d'image, je pense à "La dernière plantation du saumon" ou à "Y a pas de Noir pas de Blanc".
Une certaine opinion pense qu'à force de faire allusion à cet universalisme, vous êtes au service de l'Occident pour laisser le Noir au dernier wagon...
C'est me faire trop d'honneur, si ma modeste personne était catapultée par l'Occident à son service. Je ne pense pas que je mérite cet honneur là. Je me mets modestement au service de mes frères humains, sans distinction de la couleur de peau. Je suis convaincu que l'enfermement du Noir dans une couleur n'est pas salutaire. Le Noir doit justement sortir de cet enfermement qui a conduit à son asservissement. A partir de là, il y a les Français, les Anglais, les Camerounais... Vous imaginez que Johnny Clegg devrait partir d'Afrique du sud parce qu'il n'est pas noir? Que tous les Noirs américains, comme l'exigent les Afro centristes, devraient devenir des Africains? Je ne pense pas et c'est inimaginable. Je ne suis au service de personne, sinon d'une conviction selon laquelle l'homme est le produit d'un espace et pas d'une origine, encore moins l'esclave d'une couleur. Je ne veux pas qu'on s'enferme dans la couleur. Un enfant qui est né en France a tout simplement le destin de tous les Français sans qu'on le scotche à une couleur.
Est-ce qu'on peut penser que vous êtes le produit des médias, puisque chaque fois ce sont les médias occidentaux qui vous accueillent les premiers et vous annoncent à grand renfort de publicité?
Rien n'est gratuit. Si les médias occidentaux trouvent écho dans mon discours, pourquoi je devrais les en blâmer? Je pense que Mutations est mal placé pour me faire un reproche dans ce sens parce que j'ai trouvé un accueil extraordinaire de votre part. La Crtv, les autres télévisions et la presse en général ont suivi. S'il y a des bonnes volontés en Occident, j'imagine qu'elles s'inscrivent dans le cadre de l'humanisme et non dans l'enfermement ethnique ou racial. Je viens de terminer la lecture de Dans la peau d'un Noir : c'est un Blanc qui s'est déguisé pour devenir un Noir et il a raconté comment il a souffert en tant que Noir du regard des Blancs et il a voulu dire aux Américains que les Noirs n'existent pas.
C'est des hommes. J'ai été au sein de leur société et je n'ai rencontré que des gens qui aimaient leurs enfants et que nous traumatisons et qui ne demandent qu'à sortir de leur traumatisme. On m'a souvent reproché de faire le jeu du Blanc. Je ne fais pas le jeu du Blanc. Je veux tout simplement faire plaisir à l'Homme, sans distinction de race. Ma fraternité n'est pas raciale. Elle est dans la pensée, dans la morale... Quelqu'un qui combat le racisme, peu importe sa couleur de peau, est plus mon frère que celui qui valorise les couleurs comme porteuses d'identité.
A quel public pensez-vous, lorsque vous prenez votre plume?
A la jeunesse. Parce que j'ai une énorme confiance en la jeunesse. Je voudrais que les jeunes sortent de l'enfermement racial et qu'ils soient des partenaires pour l'évolution du monde. Ceci pour que demain soit pour eux un espace de sérénité, où travailler avec des Blancs ne sera pas un complexe. Le Noir qui, aujourd'hui, a un complexe par rapport au Blanc est à plaindre. A Douala, j'ai été traité de tous les noms et c'est à peine si on ne m'a pas jeté des tomates. Là-bas, ils sont enfermés dans une nègrité que je déplore. Il y avait à peine cinquante personnes dans la salle de conférence qui se sont mises à me parler en Bassa et à me dire que je suis né à New-Bell et que, forcément, je devais aimer le manioc. Par contre, à Yaoundé, il y avait 400 personnes dans la salle, Noirs et Blancs, qui n'étaient pas là dans une logique de complaisance mais de débat intellectuel. C'est cela que je souhaite. Qu'on me dise en quoi j'ai raison et en quoi j'ai tort.
Est-ce que le titre provocateur est un choix délibéré chez vous?
Moi, je dirais plutôt le titre interpellateur. Je fais de l'interpellation. J'ai choisi de traiter des sujets qui peuvent choquer, c'est clair. A partir de là, je prends un ton qui ne va pas être celui du badinage ou de la ballade amoureuse. Là aussi, c'est clair. C'est un choix. J'aurais pu parler moi aussi de l'afrocentrisme pour faire plaisir à tout le monde ou de la fierté des Noirs. J'aurais pu faire de la poésie, mais je ne sais pas si j'aurais réussi. J'ai choisi plutôt de dire au Noir, regarde toi en face. Tu es médecin, tu es éboueur, tu es agriculteur, tu n'es pas noir, ça n'existe pas. Il y a des hommes à la peau noire, il n'y a pas de Noir.
De tous les auteurs négro-africains, du quel vous sentez-vous le plus proche?
Je me sens proche de beaucoup d'auteurs africains. Je me sens proche de Francis Bebey. Tout ce que je dis aujourd'hui, il l'a dit dans Le fils d'Agatha Moudio. Il a un message d'un humanisme tonitruant... J'aime Senghor et Césaire. Dans mon dernier livre , j'ai abondamment cité Césaire.
Présentez-nous la fiche technique de votre dernière oeuvre.
Je reste chez le même éditeur, Max Milo. Parce que ça a été une bonne aventure entre ce jeune éditeur et moi, dont personne ne voulait. Ce sera un peu plus grand, environ 250 pages. Il y a 9 chapitres et pas de préfacier... C'est un choix parce que je ne voudrais pas mettre les gens en difficulté.
TEXTE2. Je suis noir, et alors ?
Par Henri Haget
Dans un livre politiquement incorrect, Gaston Kelman pulvérise les beaux discours sur la négritude et le droit à la différence
Gaston Kelman, 50 ans, est un homme dangereux. Originaire du Cameroun, urbaniste de formation, il vit en France depuis le début des années 1980. Aujourd'hui, il se sent plus proche de la Corrèze que du Zambèze et préfère la valse viennoise à la danse dombolo. Pour lui, un Noir n'est rien d'autre qu'un Blanc à la peau foncée. Avec de tels arguments, il lui est arrivé plus d'une fois de se sentir incompris. Il aurait pu en faire une dépression. Il en a fait un livre, qui sort ces jours-ci. Sous son titre d'opérette, Je suis noir et je n'aime pas le manioc (éd. Max Milo) tient plus de la bombe à neutrons que de la pochade sociologique.
«Je ne suis pas fier d'être noir»
Au risque de pulvériser les idées reçues sur la noblesse et les cicatrices de la négritude, Gaston Kelman fait des Africains vivant en France les premiers responsables d'une intégration qui n'avance pas. «Responsables mais pas coupables», précise l'homme, qui connaît ses classiques. Car ce fiasco est, aussi, celui des militants de la cause. Et l'artilleur Kelman de pointer son canon sur les bataillons associatifs et politiques qui brandissent le droit à la différence, justifient la polygamie ou prônent la pratique des cultures d'origine.
Que leur reproche-t-il, au juste? De tendre un miroir déformant à une population qui ne demande qu'à s'y reconnaître. Il jure qu'il en sait quelque chose. Lui aussi a milité à gauche et a longtemps pensé que l'invite de François Mitterrand aux travailleurs immigrés - «Vous êtes chez vous» - constituait le nec plus ultra de la politique d'intégration. Aujourd'hui, il croit davantage à l'hospitalité façon Pasqua: «Vous êtes chez nous.»
Directeur de l'Observatoire urbain d'Evry (Essonne) durant dix ans, il a ausculté sans relâche le quotidien des minorités regroupées dans ces villages verticaux que sont les foyers de travailleurs et certaines barres d'HLM. Il n'y a vu qu'un conservatoire pathétique des clichés ancestraux. «Les Noirs savent rire, danser, s'habiller: la belle affaire! enrage-t-il. Moi, je n'ai pas le rythme dans le sang, j'ai des globules. Et quand il s'agit de comprendre pourquoi les Noirs sont déclassés socialement, je ne vois pas la nécessité de refaire l'histoire d'un peuple qui a beaucoup souffert.»
Gaston Kelman dénonce pêle-mêle le penchant des Noirs pour la «victimisation» et le regard condescendant de la société française à leur égard. Il se méfie des rengaines trop charitables, défend le principe de réalité - «Vous êtes noirs, ça va être plus dur pour vous que pour d'autres, voici les règles du jeu» - et exige la tolérance zéro. En fait, il voudrait que les Africains soient des Roumains. «On ne passe rien aux Roumains. Pourquoi ce fatalisme envers les Noirs? Si je me fais pincer dans le métro sans ticket, il suffit que je bredouille deux ou trois mots en petit nègre pour que le contrôleur passe son chemin en haussant les épaules. C'est intolérable.»
Tout le met en colère. Même les scènes de liesse qui ont accompagné le parcours de l'équipe du Sénégal lors de la dernière Coupe du monde de football lui laissent un goût amer. «Au soir de son élimination en quart de finale, les Noirs se sont mis à danser dans les rues de Paris, sous l'oeil des caméras. J'en aurais pleuré. Après tout, les Africains sont les meilleurs footballeurs du monde. Quand je pense que les Coréens, qui, naguère, savaient à peine à quoi ressemblait un ballon de foot, ont failli décréter une journée de deuil national après leur défaite en demi-finale...»
En des temps où le politiquement incorrect n'est pas loin d'être en vogue, Gaston Kelman a une jolie carrière télévisuelle devant lui. Il sera prochainement l'invité de Thierry Ardisson sur France 2. Il y tiendra, avec le sourire, des propos dérangeants et endossera sans états d'âme sa panoplie de renégat. «Je ne suis pas fier d'être noir, insiste-t-il. A la limite, je suis fier d'être écrivain, mais j'ai cessé depuis longtemps d'étalonner ma condition à la couleur de ma peau.»
Gaston Kelman a écrit un livre provocateur dont le mérite incontestable est de rappeler que le débat sur l'intégration n'est pas qu'un problème de foulard et de religion. C'est aussi une histoire de vérités vraies que l'auteur se fait fort de balayer avec un art consommé de la formule. Le chapitre intitulé «Je suis noir et j'en ai une petite» témoigne de son sens du raccourci.
TEXTE3. Café litteraire: Basseck et Nkot contre Kelman
DOUALA - 29 Aout 2005- © Jean François CHANNON, Le Messager
En attendant la sortie de “ Bounty ”, son prochain roman chocolat au lait, l’auteur de “ Je suis noir et je n’aime pas le manioc” s’est frotté au gotha intellectuel de la capitale camerounaise. Ce n’était pas du gâteau.
Pour sa toute première édition, le café littéraire. Forum de débats intellectuels créé par Ferdinand Nana Payong, le promoteur du “ Tour du livre ”, a reçu l’écrivain franco-camerounais Gaston Kelman, l’auteur du best seller “ Je suis noir et je n’aime pas le manioc ”. C’était le 25 août 2005 au pavillon culturel “ Le Kaba Ngondo ”.
Comme pour ses récentes conférences lors de son premier voyage au Cameroun, Gaston Kelman attire du monde, et surtout suscite un débat intellectuel à la fois intense et polémique. Les positions de cet écrivain, chantre de la culture universelle ne laissent en effet point indifférent. “ J’ai envie de dire que je ne me sens pas vraiment aujourd’hui lié par ma race ou par mon identité de Babimbi… ”, a-t-il lancé d’entrée de jeu après une présentation succincte de son parcours par le professeur Titi Nwel.
Et à ce propos, on a réappris que Gaston Kelman, après ses études primaires et secondaires au pays de Mongo Beti s’est inscrit au début des années 70 à l’ex-Université de Yaoundé pour des études qui ont abouti à l’obtention d’une licence. Enfant d’une famille aux revenus modestes, il a tout de suite commencé par travailler à Douala dans une société de transport et de transit, avant de partir en France poursuivre une formation en urbanisme. Le contact avec le pays de Jean Paul Sartre a-t-il produit une mutation considérable dans le subconscient de celui qui, à cette époque, était alors un jeune homme espiègle ? Peut-être. Toujours est-il que d’années en années, ce fils de la Sanaga-Maritime va chercher et embrasser les schèmes de l’intégration au pays de Jean-Marie Lepen au point de se sentir désormais “ plus Blanc que les Blancs eux-mêmes ” pour reprendre les termes d’un commentaire suivi dans les coulisses du café littéraire le 24 août 2005 au pavillon culturel le Kaba Ngondo.
Noir, mauvaise conscience de l’Occident
Jugement peut-être excessif, mais qui peut avoir toute sa pertinence lorsqu’on suit la logique du raisonnement de Gaston Kelman. Pour lui, les identités ont bougé. On est plus le produit d’une époque que celui de ses parents. “ On m’a envoyé à l’école pour que je sois un blanc, et pour habiter une maison climatisée ”, a-t-il lancé, au grand étonnement de l’assistance. Cheikh Hamidou Kane, dans “ L’aventure ambiguë ” que la plupart des intellectuels africains ont lu, avait-il fait une erreur de dire “ qu’il faut aller à l’école du blanc pour apprendre à lier le bois au bois ? ” Parce que en réalité, c’est ce que pense Gaston Kelman dans son ouvrage “ Je suis noir et je n’aime pas le manioc ”. L’intention affirmée de l’auteur au début semble, apparemment, de poursuivre la réflexion inaugurée par Frantz Fanon dans “ Peau noire, masque blanc ”.
Mais là où Gaston Kelman choque, et cela lui a été fortement rappelé aussi bien par Basseck Ba Kobhio que Fabien Nkot c’est que, contrairement à Frantz Fanon qui a pour préoccupation l’humanisation et l’affirmation du Noir, dont la valeur anthropologique a considérablement été altérée et paupérisée par plusieurs années d’esclavage, de colonisation et de néo-colonisation, Gaston Kelman au lieu de jouer au tribun du Noir, prône plutôt l’assimilation à la culture dominante du Blanc. “ Que signifie aujourd’hui la culture universelle, sinon un processus qui consiste à se laisser entraîner par les mœurs occidentales ? ” s’ est interrogé dans la salle un des contradicteurs de Gaston Kelman. Ceci parce qu’on a comme l’impression que Gaston Kelman qui assume publiquement et sans aucun état d’âme sa nouvelle citoyenneté française et surtout son identité actuelle de Bourguignon, semble se méprendre sur le fait que “ la race noire constitue un problème partout dans le monde ” comme avait l’habitude de le constater le regretté père Engelbert Mveng. Le Noir fait en effet problème. Il est même la mauvaise conscience de l’Occident qui croît aux richesses de son continent qu’aux êtres humains qui y habitent.
Les damnés de la terre
Basseck Ba Kobhio a insisté en rappelant ces principes. Tout comme Fabien Nkot qui, dans une réplique à Gaston Kelman, a soutenu la logique selon laquelle la race est structurante parce qu’elle est affirmation de l’identité et de la culture des individus. Et dans le cas des Noirs, on ne saurait accepter cette autre logique déstabilisante de leur valeur anthropologique, et de leur mémoire historique qui voudrait faire oublier qu’il y ait jamais eu 500 ans d’esclavage et 100 ans de colonisation inhumaine. C’est encore Basseck Ba Kobhio qui l’avait déjà rappelé à Gaston Kelman lors de son premier passage à Yaoundé au Cc. Que si les Kofi Annan, Collin Powell, Condoleezza Rice existent aujourd’hui, c’est bien parce que les Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et surtout Frantz Fanon ont montré que “ les damnés de la terre ” étaient les Noirs et que par conséquent, ceux-ci ont besoin de s’affranchir moralement et intellectuellement, non pas en s’assimilant comme le prône l’auteur de “ Je suis noir et je n’aime pas le manioc ”, mais en s’affirmant sur tous les plans sans complexe aucun.
Au final, on peut se réjouir de la renaissance à Yaoundé d’un véritable espace d’échanges intellectuels comme le café littéraire où l’on a pu rencontrer des hommes comme Jean Emmanuel Pondi, Philippe Bisseck, Célestin Lingo, Basseck Ba Kobhio, Garga Haman Adji, Laurent Charles Boyomo Assala ? Haman Mana et autres, venus tous à la rencontre de Gaston Kelman, le seul écrivain d’origine camerounaise qui a vendu plus de 150.000 exemplaires d’un titre en une seule édition.
TEXTE4. Gaston Kelman et les tomates camerounaises...
Gaston Kelman est connu pour avoir écrit Je suis noir et je n’aime pas le manioc, un livre ( essai ou document, c’est selon ) qui a fait couler beaucoup d’encre... et de salive !
Sans avoir pris le temps de donner des intructions à son banquier afin de placer ses confortables droits d’auteur du précédent bouquin, le voici qui sera de retour en librairie le 15 septembre avec Bounty ( ed. Max Millo).
Toutefois, il semble que cet auteur subisse encore la foudre d’une bonne partie de "la communauté noire". Et lorsqu’ Internaute.com lui demandait l’année dernière, en novembre, comment son livre avait été reçu au Cameroun, son pays natal, notre best-seller répondait alors :
« Très fort, à ce qu’il paraît, comme dans beaucoup d’autres pays d’Afrique. Cela ne veut pas dire que tout le monde est d’accord sur tout. Mais les gens sont fiers de ce "frère" qui passe à la télé, pas seulement comme musicien, footballeur ou même comme intello coincé et dit des choses fortes. J’ai des invitations dans quelques pays et bientôt je vais faire une tournée en Afrique."
Mais voilà que dans le quotidien Mutations ( Cameroun ) de ce 25/08, on apprend que ce n’est plus le grand amour entre lui et le Cameroun ! Dieu merci, il y avait pénurie de tomates dans les marchés de Douala :
« A Douala, j’ai été traité de tous les noms et c’est à peine si on ne m’a pas jeté des tomates. Là-bas, ils sont enfermés dans une négrité que je déplore. Il y avait à peine cinquante personnes dans la salle de conférence qui se sont mises à me parler en Bassa et à me dire que je suis né à New-Bell et que, forcément, je devais aimer le manioc. Par contre, à Yaoundé, il y avait 400 personnes dans la salle, Noirs et Blancs, qui n’étaient pas là dans une logique de complaisance mais de débat intellectuel. C’est cela que je souhaite. Qu’on me dise en quoi j’ai raison et en quoi j’ai tort. »
Et puisque l’auteur semble trouver des titres "provocateurs" à ses livres ( Je suis noir et je n’aime pas le manioc , Bounty, Blanche est ma soeur ), c’est à juste titre que le quotidien Mutations lui demande, non sans malice :
Est-ce que le titre provocateur est un choix délibéré chez vous ?
Moi, je dirais plutôt le titre interpellateur. Je fais de l’interpellation. J’ai choisi de traiter des sujets qui peuvent choquer, c’est clair. A partir de là, je prends un ton qui ne va pas être celui du badinage ou de la ballade amoureuse. Là aussi, c’est clair. C’est un choix. J’aurais pu parler moi aussi de l’afrocentrisme pour faire plaisir à tout le monde ou de la fierté des Noirs. J’aurais pu faire de la poésie, mais je ne sais pas si j’aurais réussi. J’ai choisi plutôt de dire au Noir, regarde toi en face. Tu es médecin, tu es éboueur, tu es agriculteur, tu n’es pas noir, ça n’existe pas. Il y a des hommes à la peau noire, il n’y a pas de Noir.
Et, il a droit à une question de littérature - Dieu merci, une fois de plus, pas une question de football, surtout avec ces "Brésiliens africains" que sont les Camerounais :
De tous les auteurs négro-africains, du quel vous sentez-vous le plus proche ?
Je me sens proche de beaucoup d’auteurs africains. Je me sens proche de Francis Bebey. Tout ce que je dis aujourd’hui, il l’a dit dans Le fils d’Agatha Moudio. Il a un message d’un humanisme tonitruant... J’aime Senghor et Césaire. Dans mon dernier livre , j’ai abondamment cité Césaire.
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