Nkamany
Kabamba
& Alexander Derrick (à
paraître en 2004)
Traduction française par :
M. Ntambwe Makadi Nguba, avec la collaboration
de Mlle Modi Ntambwe
Mail: makadi@skynet.be
Titre
Hommage à Basokin & Lusombe Orchestres Songye
Contemporains
République Démocratique du Congo
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Introduction
Il y a quatre mille ans, le peuple Songye en République Démocratique
du Congo émigra de Kush, (Egypte Nubienne) et s’établit dans
le bassin de la rivière Lomami.
Cette région est située entre le 5ème et le 6ème parallèles
sud à approximativement 24- 27 degrés Est. La rivière Sankuru
forme la frontière Ouest de leur pays, le fleuve Lwàlàbà
sa frontière Est, tandis que la rivière Lomami traverse son territoire
de part en part.
Le peuple Songye en République Démocratique du Congo ne doit pas
être confondu avec celui de l’Empire Songhay du Mali en Afrique de
l’Ouest.
Un vieux récit populaire décrivant l’expansion des grandes
familles Luba en RDCongo, mentionne en premier les Songye comme une branche le
long de la route vers la Nécropole Nsanga, également connue
sous le nom de Sanga A Lubangu (Kabamba, Nkamany:1996). Durant l’expansion
arabe en Afrique, l’espace Songye fut le théâtre d’incursions
arabo-islamiques. Le territoire songye deviendra plus tard sujet de la Colonie
belge (1885-1960).
Nkamany Kabamba, et d’autres chercheurs postulent que l’Histoire et
la Culture des Songye peuvent contribuer à élucider l’histoire
critique de l’Afrique, laquelle est si peu connue.
Les personnes intéressées par les relations
génétiques ou non-accidentelles entre l’Afrique subsaharienne[1]
et l’Ancien KMT et Kush (Ancienne Egypte et Nubie) trouveront
dans les Coutumes, la Culture et l’Histoire africaines une information abondante
encore intacte.
Pour approfondir davantage cette branche de la connaissance, il est impératif
d’étudier les Songye, le grand Zimbabwe, les Gala [Delta du Sine],
les Fang, Zulu, Batchuana, Lamba, Yaga [Bayaka], Bakons [Bakongo], le royaume
Lunda, les Wanyamwezi [M’Siri], Lulua, Bena Konji, Kanyok, Kalundwe, Hemba,
Basanga du Katanga, et le premier Empire Luba…
Sources des illustrations et Description:
• Cartes (Nkamany Kabamba: Auteur du Livre)
• Autorisation de Mi Amor des orchestres Basokin & Lusombe et Samy
Lubaki.
• Artiste (Alexander Derrick)
L’UNESCO[2]
définit la culture, en termes généraux, comme manières
de vivre ensemble. Dès lors, il s’agit à la fois des manières
concrètes selon lesquelles la coexistence est organisée par un
peuple et des images et idées à travers lesquelles une société
représente les formes dans lesquelles la coexistence se réalise
et comment elle veut qu’elle soit. La culture est, par conséquent,
la pratique et l’imagination de la vie en commun.
La Musique et la Culture Contemporaines du
Peuple Songye en République Démocratique du Congo
Orchestres Basokin et Lusombe
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Dans la musique traditionnelle du peuple Songye, un concert n’est pas simplement
un événement auditif. Le chant, l’instrumentation, les costumes,
et la danse sont tous des éléments étroitement liés
entre eux que les artistes combinent comme la matière première du
spectacle.
Cette photo représente trois artistes. A
gauche se trouve un artiste mâle. Il porte le costume traditionnel des Songye.
Son visage et ses bras sont recouverts de craie blanche que les Songye appellent
« ntooshi »[3].
Le ntooshi peut être
mélangé avec d’autres couleurs pour nuancer les teintes comme
l’orange, le bleu, le vert ou le rouge. Les couleurs blanche et rouge sont
les couleurs sacrées des Songye, qui remontent à l’époque
Pharaonique[4].
L’artiste porte quelques colliers entièrement faits en fibres naturelles
tirées de la savane. Son pagne est confectionné avec les fibres
de raphia, et est orné d’un bord rouge. Son tablier spécial
est fait en peau de léopard.
L’artiste au centre est également vêtu d’un costume traditionnel.
Son pagne est rose(rouge), blanc, noir, et bleu ciel, qui nous rappelle l’une
des couleurs favorites de Kmt. Il porte également une sorte de kilt de
raphia avec son long pagne.
Ce kilt est orné d’un motif en damier. L’artiste porte un
bandeau sur la tête. Un collier rouge, un noir, un autre collier aux perles
multicolores et un petit sac pendent à son cou. Il porte un grand tambour
à fente (mudimba) qui fonctionne comme un gong en bois. Cet instrument
traditionnel unique produit un son agréable. Le troisième artiste
porte son pagne en raphia aux motifs traditionnels.
Nous voyons quatre artistes sur cette photo. A l’avant-plan on distingue
deux artistes portant la même tenue traditionnelle. Nous voyons ici une
collection de couvre-chefs traditionnels.
Nous avons sur cette photo trois images importantes. A l’avant-plan est
assis un personnage en costume traditionnel complet. Il porte un couvre-chef fait
de plumes, son corps est décoré avec ntooshi (lupemba),
et son visage est décoré d’un motif géométrique.
Il porte deux colliers de perles rouges qui s’entrecroisent.
On distingue deux personnages au second rang. A gauche, l’artiste porte
une longue jupe, avec une sur-jupe de raphia et un vêtement drapé
par dessus. Elle porte aussi un double collier croisé de perles rouges.
Son visage est grimé avec ntooshi (lupemba). Le personnage
à droite porte un pagne de raphia aux motifs géométriques.
Il porte également un couvre-chef en plumes.
Les artistes à l’arrière-plan portent des tenues traditionnelles,
et le danseur au fond à droite est vêtu d’un chapeau spécial
confectionné avec des textiles naturelles.
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Artiste sortant d’un immeuble belge en 2000. |
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Chant et dance. |
Chant et danse. Les artistes doivent maîtriser les mouvements, bien connaître
les chansons traditionnelles. Cette artiste féminine porte une jupe traditionnelle
en raphia. Son buste et ses mollets sont recouverts de ntooshi et de
perles.
Nous pouvons observer également les marques blanches et rouges sur le buste
de la danseuse. A sa jambe droite est fixée une clochette destinée
à accentuer les mouvements des danseurs, qui correspondent au rythme. Sa
danse rehausse sa prestation. Elle porte à son tour un collier de perles
rouges croisé autour du cou. Si nous nous référons à
la tradition Pharaonique, nous verrons que le concept de croisement était
très important. Par exemple, les Rois momifiés avaient leurs bras
croisés avant d’être couchés pour l’éternité.
Le dieu Osiris portait parfois une écharpe rouge croisée, et quelques
danseurs portaient aussi un vêtement croisé.
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Détail
de la Ballerine de la tombe de Kha-rw.f
La Ballerine porte une jupe à hauteur du genou, un
vêtement croisé,
et une perruque artificielle.
TT 192, 18èmeDynastie.
Photo de la collection de l’auteur (A. Derrick). |
Une artiste portant un tissu de raphia, des perles et colliers traditionnels
Les artistes avancent en cadence au rythme de la musique. La danse n’est
pas utilisée seulement pour sa valeur de récréation, mais
les paroles acquièrent une signification supplémentaire à
travers la gestuelle et la danse. La combinaison de la danse, de l’instrumentation
et du chant aide à transmettre l’histoire de la chanson.
Cet artiste porte une tenue traditionnelle. Il est peint avec ntooshi (lupemba)
dans un style tacheté. Il porte un collier traditionnel de perles ainsi
qu’une ceinture de perles. La ceinture retient une peau de léopard,
qui est un animal totem.
La peau de léopard jouait un rôle important dans les cérémonies
religieuses de l’Egypte Nubienne d’autrefois. Nous voyons aujourd’hui
que c’est toujours aussi important.
Les deux colliers noués que porte l’homme nous rappellent les
colliers shebyu portés à Kmt comme signe distinctif
des titulaires de hautes fonctions. De nouveau nous pouvons voir l’esthétique
africaine commune. On peut apercevoir à l’arrière-plan les
musiciens jouant de tambours et du xylophone.
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Détail
de Sn-Nfr, Maire deThèbes.
18ème Dynastie, règne d’Amenhotep II
et Thutmose IV 1427-1391 BCE
Le grand Sn-Nfr porte des colliers honorifiques
shebyu, indiquant son personnage distingué et ses fonctions.
Les hommes aussi bien que les femmes pouvaient porter des colliers shebyu,
et notre plus vieil exemple connu vient de la tombe d’une femme de
la 17ème Dynastie à Qurna. |
Le masque ajoute du mystère et de la métaphore au spectacle. On
voit ici un masque plumé rouge et noir. Le spectacle du porteur du masque
peut quelquefois revêtir une
dimension extra-temporelle!
Repos des artistes. On peut admirer la richesse du stylisme traditionnel.
Artiste portant son collier rouge avec des boucles d’oreilles traditionnelles
Les artistes ajoutent une dimension théâtrale à la représentation.
Artistes vêtus des traditionnels colliers croisés et paints de ntooshi
(lupemba). Les deux artistes portent un fléau de cérémonie;
l’usage sacré de ce fléau remonte à la tradition Pharaonique.
Il se rattache au sceptre n-khkh.w des Egyptiens.
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Crosses
et Fléaux provenant de la tombe de Tut-Ankh-Amon
18ème Dynastie
Source Photo:
Carter No.: 269e
Burton photograph: p1187 |
Le sceptre n-kha-kha
est un symbole de l’autorité porté par le Roi depuis l’époque
pré-dynastique (voir l’envers de la Palette Narmer). A l’origine
le sceptre était un chasse-mouches[5]
qui, avec le temps, a évolué pour devenir un objet plus élaboré
semblable à l’ancien sceptre trouvé dans la tombe du Roi Toutankhamon.
Les chanteuses portent leur tenue traditionnelle et sont peintes chacune avec
des traits de ntooshi de deux couleurs.
La chanteuse à droite porte également un ornement bleu réalisé
à partir de matières naturelles locales. Cette couleur bleue revêt
la même valeur symbolique que le bleu utilisé sur le long pagne
rouge ligné de blanc, de bleu et de noir mentionné plus haut (voir
l’illustration n° 1).
Ce bijou bleu ciel nous rappelle encore la couleur favorite des Africains de
l’ancienne Egypte Nubienne.
Le danseur à droite porte un gilet bleu. Celui-ci a été coloré
avec des teintures et des matières naturelles. Ce danseur tient également
dans sa main droite la hache de cérémonie (kilonda) du
Busongye (Pays du Peuple Songye). Seuls le Roi et les artistes spéciaux
peuvent porter cette hache.
Deux femmes avec le fléau.
La meneuse, au centre, est entourée par Mi Amor à sa droite et par Mposhi à sa gauche. Ce dernier porte un chapeau traditionnel songye.
Conclusion..
Comme on peut commencer à le constater, les survivances des anciennes traditions
africaines de Kmt et de Kush trouvent encore leur écho
dans les coutumes et cultures songye modernes. Il est impératif, pour la
prochaine étape d’une évolution indigène de l’esthétique
et des cultures africaines modernes, de re-évaluer nos coutumes traditionnelles
à la lumière des migrations africaines vers
et à partir de la Vallée du Nil.
Nous aimerions penser que ce bref article pourra servir d’exemple illustrant
comment les coutumes africaines peuvent être utilisées pour aider
à pénétrer les grandes sociétés africaines
du passé en vue d’en transmettre la connaissance aux générations
modernes des Africains vivant à travers le monde.
“…L’histoire de l’Afrique Noire restera suspendue dans
l’air et ne sera pas écrite correctement tant que des historiens
Africains n’auront pas l’audace de la connecter à l’histoire
de l’Egypte.” C.A. Diop
Footnotes:
[1]
L’anthropologue Shomarka Keita a indiqué que “l’Afrique
subsaharienne” est peut-être une classification raciale artificielle,
d’autant qu’on n’a jamais entendu parler de l’Afrique
supra saharienne. Autrefois les peuples, coutumes et cultures n’étaient
pas dissociés.
[2]
L’UNESCO - United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization
– fut créé le 16 novembre 1945. Pour cette agence spécialisée
des Nations Unies, il ne suffit pas de construire des écoles dans des
pays dévastés ou de restaurer des sites de l’héritage
mondial (en vue de diffuser de nouvelles découvertes). L’Education,
les Sciences Sociales et Naturelles, la Culture et la Communication sont
des moyens pour atteindre un but de loin plus ambitieux: construire la paix
dans les esprits des gens.
[3]
Ntooshi, également connu sous le nom de Lupemba (en
Tshiluba), est un enduit naturel dérivé du kaolin, une sorte d’argile
humide friable de « silice d’aluminium ».
[4]
Le symbole de la divinité en Egypte Ancienne était Ntr, un mât
avec un drapeau souvent peint en rouge, blanc, noir et vert. Le Pharaon d’Egypte
aussi portait une banderole rouge et blanc attachée à sa couronne,
signe de l’unité politique. De même l’Egypte était
géographiquement divisée en rouge et blanc. La couleur blanche
désignait l’Egypte Méridionale, l’Egypte du nord étant
désignée par le rouge. Le symbolisme des couleurs était
donc intégré dans les insignes politiques.
[5]
P.E. Newberry a conclu récemment que le sceptre
d’Osiris est un ladanisterion en forme de fléau d’origine
méditerranéenne utilisé dans la préparation du ladanum,
mais cette conclusion est hautement improbable. Jusqu’à ce jour
aucune preuve tangible n’atteste que le Ciste (rose de roche d’où
est extraite la gomme dite ladanum) ait jamais poussé en Egypte à
l’époque des Pharaons!
NEWBERRY, P.E. "The Shepard's crook and the so-called
'flail' or 'scourge' of Osiris." JEA
15 (1929), 84-94.
| Further Reading: |
| ALDRED, C. Jewels of the Pharaohs. Thames
and Hudson, 1971. |
| DIOP, C. African Origins of Civilization,
Myth or Reality. Lawrence Hill Books, 1974. |
| KABAMBA, N. Songye of the Democratic Republic
of Congo. 2003. |
Barnes And Noble.com ISBN: 1-59427-007-4
|
| MANNICHE, L. Ancient Egyptian
Musical Instruments. Deutscher Kunsterverlag, 1975. |