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Afrique, Congo : Ethnie et Nation
Par Diogène Senny, militant panafricain et membre de l'Association KEMIT basé à Toulouse (France). Date :17/11/03
Depuis le début de la dernière décennie (90), le théâtre de tragédie et de misère que donne le Congo (Brazzaville) suscite beaucoup de réactions. Ainsi, l'on a assisté autant à des analyses sérieuses, autant on a eu droit à des fantaisies et affabulations de la part des observateurs et spécialistes de tout poils soi-disant du Congo.
Le plus souvent, ces derniers font recours à des arguments simplistes en se basant sur les événements de 1959 qu'ils qualifient de "tragédie fondatrice" avec une dose inavouée du déterminisme dans le drame congolais. Sans le vouloir ou sciemment, ces analyses confortent l'idée des saigneurs de guerre (les uns actuellement au pouvoir, les autres ayant pris le chemin de l'exil) et des fantômes de la segmentation du Congo qui consiste à centrer les origines des conflits successifs essentiellement sur le terrain ethnique afin de mieux manipuler et de rallier les populations à leur cause sordide.
Nous constatons pour notre part que si cette analyse a souvent fait allègrement son chemin, c'est d'une part à cause de l'instrumentalisation résultant à la politique d'obscurantisme dans laquelle le peuple congolais par de-là le peuple africain a toujours baigné et, d'autre part, par la méconnaissance à la fois du contexte et de la composition des forces en conflit de 1959 par les jeunes générations. C'est pourquoi, un bref rappel de cet aspect de notre histoire s'impose pour mieux tordre le coup à cette analyse féerique.
Sous l'instigation de Maurice DAMONGO-DADET, ancien conseiller de l'Union française, originaire du nord pourtant, mais membre éminent de l'UDDIA présidé par l'abbé Fulbert YOULOU lui même originaire du sud, la défection du député YAMBO du MSA présidé par OPAGAULT originaire du nord permet à l'abbé F. YOULOU d'accéder à la présidence de la République. Ce refus de manipulation politicienne par le MSA éclate les affrontements entre les partisans de OPANGAULT (MSA) et ceux de YOULOU (UDDIA). Nous sommes bien en présence de la lutte pour le pouvoir à l'origine du conflit.
"A Pointe-Noire, on assiste à l'affrontement entre les militants de B. THEOUSSE (MSA) et ceux de S. TCHITCHELLE alors que tous sont de l'ethnie Vili.
Dans le pool et à Brazzaville, les militants de YOULOU (UDDIA) affrontent ceux de OPANGAULT, de KANOUKOUNOU, de BIKOUMOU, (MSA)...
A Ouesso, les partisans de SAMORY (MSA) se battent contre ceux de SAMBA (UDDIA), originaires tous de Sangha.
Dans la Bouenza, les partisans de BOUENDE (MSA) affrontent ceux de KIMBOUALA et MAMPASSI (UDDIA), alors qu'ils sont tous natifs de Mouyondzi.
A Dolisie, les partisans de KIKOUNGA-NGOT (MSA) et de SATHOUD (UDDIA), pourtant tous du Niari, s'affrontent.
Dans la Cuvette, alors que les militants de l'UDDIA font refuge à Makoua, c'est H. ITOUA (UDDIA) originaire de la région qui leur offre protection.
Dans les plateaux, tous pourtant Tékés, les partisans de P. GANDZION (UDDIA) affrontent ceux de F. MBANI (MSA)".
Comme dans les conflits de 93, 97 et 98-99…, il est clair que sans un mobile politique à la base ou plus exactement sans une instrumentalisation politicienne, les groupes ethniques ne se sont jamais dressés les uns contre les autres. Le Congolais, comme l'ensemble du peuple Africain, doit savoir la vérité et voir la justice s'appliquer un jour pour désigner les responsables de ces kyrielles de souffrances auxquelles il est soumis.
Si l'objectivité nous commande d'admettre la forte dominance ethnique du Congo, il est archi-faux de soutenir sur la base de ce seul argument fantasmagorique que ce facteur est la source de tous nos problèmes et met plus que jamais à mal le processus de la construction d'une véritable Nation congolaise. Processus incontournable vers la construction d'un véritable Etat Africain continental digne, prospère et fier.
Sinon, comment expliquer que les pays comme les Etats-Unis et l'Afrique du Sud, constitués de plusieurs races et dont chacune d'elle est composée, dans certains cas, des ethnies et chaque ethnie de sous-ethnie… fassent souvent preuve d'une unité aussi forte en dépit des problèmes de coexistence constatés ici et là.
Le Professeur Abel Goumba nous apprend que "Le tribalisme (le racisme ou le scélariste) est un enfant qui ne connait que ses parents et sa maison familiale parce qu'il n'a jamais rien vu, rien entendu, il ne soupçonne même pas l'existence d'autres familles, peut être plus heureuse ou plus malheureuse que la sienne . C'est un égoïste inconscient . Cette myopie intellectuelle ne lui fait percevoir le vrai, le bien, la vérité que chez lui" il poursuit en disant " Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le tribalisme est le fait des intellectuels, des cadres, des élites, notamment des intellectuels révolutionnaires au bord de la Seine, bourgeois (au bord de l'Oubangui en Afrique)".
Il n'existe nulle part au monde de nation mono-ethnique constituée exclusivement des êtres issus d'une même et pure origine culturelle, historique... User à de telles assertions, c'est faire à la fois l'escamotage du désir immodéré des saigneurs de guerre à contrôler la rente pétrolière qui est pourtant le mobile essentiel sinon fondamental des conflits et la responsabilité des ex-puissances coloniales que l'africaniste François-Xavier Verschave qualifie par le néologisme : Françafrique, qui est ni plus ni moins que le néocolonialisme (cf. Noir Silence - F-X. Verschave - éd. les arènes).
Ainsi, nous savons tous que le tribalisme ou l'ethnisme ne sont pas des fatalités pour le peuple afriacain, leur remède est simple et d'ailleurs connu : c'est la mise en avant par les gouvernants des principes universels et objectifs dans la gestion de la chose publique qui sont : La Compétence, L'intégrité, Le Patriotisme…
Nous savons aussi que, comme dans la quasi-totalité des pays africains, cela s'explique par un déficit criard de Leaders Rassembleurs imbus par Un Nationalisme Patriotique Panafricain. Et Non Un Nationalisme Patriotard Ethnique.
Quoiqu'il arrive, comme le chantait celui qui avait su retranscrire dans la musique les attentes des Congolais, Franklin Boukaka : ce sont les masses qui font l'histoire. Le peuple congolais au même titre que le peuple africain dans son entièreté saura la vérité car l'histoire nous montre qu'on ne peut pas tout le temps bâillonner un peuple en s'attribuant le glaive de la foi et de la justice.
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