La première usine de médicaments génériques contre le sida et le paludisme d’Afrique centrale s’apprête à démarrer son activité au Gabon, avec pour objectif d’alimenter, à terme, l’ensemble de la région en molécules bon marché “made in Africa”.
Selon l’Afp, l'usine a été inaugurée le mois dernier, lors d’un sommet de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cémac), la fabrique n’est encore qu’un bâtiment de tôle silencieux posé au milieu des autres entrepôts de la zone Industrielle d’Owendo. en banlieue de Libreville. Mais, à l’intérieur, les machines sont prêtes à cracher leurs premières gélules.
Les équipements sont en place et, si tout va bien nous devrions être en mesure de commencer la production avant la fin de l’été”, a confié le patron de l'usine gabonaise, Thomas Haahr, à notre confrère.
Quelques mois seulement ont suffi à faire sortir de terre cette Installation qui, selon son concepteur belge, préfigure une nouvelle race de petites usines, particulièrement adaptées au continent africain.
Un gain de temps.
La fabrication de médicaments en Afrique coûte très cher notamment à cause des contraintes sanitaires qui pèsent sur notre activité”, explique le patron du groupe Propharex, Jean François Capart “Grâce à sa petite taille et son design modulable, notre micro-usine permet de réduire considérablement les coûts de fonctionnement et d'entretien."
Toutes les parties sensibles (machines, salles blanches) du site ont ainsi été pré-assemblées en Europe dans des conteneurs maritimes qui, une fois à destination, sont réunis pour former le squelette de l’usine. Avec, là encore, un gain de temps et de prix appréciable.
Au final, l’usine affiche un prix clé en main de 3,28 milliards de francs Cfa (5 millions d’euros), entièrement payés par l’Etat gabonais. A plein régime, elle devrait produire jusqu’à 40.000 tablettes et 200.000 comprimés de médicaments génériques par heure.
Parmi ses premières productions figurent un remède contre le paludisme réalisé à base d’artemisia, une plante d’origine chinoise, et plusieurs combinaisons antirétrovirales contre le virus du sida.
L’installation de cette unité entre dans notre politique nationale de santé, qui vise à favoriser l’accès de toutes les couches sociales aux traitements”, souligne le docteur Adolphe Mabongo, directeur du médicament au ministère de la Santé. “Sa production vise d’abord à satisfaire le marché gabonais mais elle pourra à terme couvrir toute la région”.
A terme, c’est donc un marché étendu de 30 millions de personnes que visent les promoteurs de l’usine, gage de la rentabilité de leur opération. Il leur reste cependant, avant toute autre chose, à recruter puis former la trentaine de personnes chargées de faire tourner le site. “Nous allons démarrer avec seulement deux expatriés et former le reste du personnel sur place”, explique Thomas Haahi “L’idée est que les Gabonais puissent se débrouiller seuls d’ici deux ans”. “Il est clair qu’il est plus facile d’exporter des médicaments vers l’Afrique que d’y installer une usine”, renchérit Jean-François Cagart, “mais nous avons fait un pari. Celui de transmettre notre savoir-faire”.
Nouveau front.
Avant même la sortie de sa première pilule gabonaise, le groupe Propharex prépare ainsi l’implantation d’autres exemplaires de sa micro-usine dans des pays comme le Bénin, la Tanzanie, l’Ouganda ou le Congo Kinshasa.
Les autorités gabonaises, elles, auraient déjà ouvert un nouveau front dans la bataille pour leur indépendance en matière de médicaments, selon le mot du ministre de la Santé, Paulette Missambo. Des contacts avancés sont en cours, avec le Brésil cette fois, pour la construction d’une deuxième usine de médicaments
antirétroviraux.
Mars 2005
© FLORINE NSEUMI LEA, La Nouvelle Expression