Le Sphinx de Gizeh. Ancienne empire de l'Egypte pharaonique.

ANTHROPOLOGIE


Anthropologie Songye Intégrée

(Muntu a Kishima en pratique)

U-ntu : mot clé (prononciation ou-ntou en Français)

Tout ne devrait-il pas être contemplé pareillement dans nos propres parages pour la défense et l'avancement de nos propres civilisations africaines ?

Par le DR Nkamany Kabamba 2004-02-15

Introduction

Un vrai Songye n’est pas seulement quelqu’un qui est né à l’ombre de l’Egypte nubienne (Napata) ou dans l’espace Songye géographique actuel en République Démocratique du Congo (Afrique). Un Songye est un homme ou une femme qui, quel que soit l’endroit où il est né, éprouve une admiration et un amour irrésistibles pour l’histoire et la civilisation Songye anciennes. Il ou elle maintient en vie sa tradition et sa langue. Et, par-dessus tout, il se conduit avec droiture de manière à ne pas ternir le nom « Songye ».

Cet homme ou cette femme ( Muntu a kishima: Un homme ou une femme parfaitement honnête), symbolise pour le monde l’accomplissement du peuple Songye et sa contribution au progrès de l’humanité (Bu Muntu: le bien-être intégral au sens de ma’ât, …comme à Napata mentionné ci-dessus). Beaucoup de Songye étaient Bantu ba kishima (kishima: mot invariable), - des hommes ou des femmes admirablement honnêtes, judicieusement initiés dans le Bukishi Bua Ntooshi (kaolin blanc) et Bua Nkula (kaolin rouge), lequel constituait en même temps leur Religion et leur Système d’Education. Le système éducationnel des Ba Songye révèle leur personnalité ; il est immortalisé dans une Institution presque mystique et ésotérique (Kabamba Nkamany 1983, 1996 et 2003, ainsi que Wauters C., 1949).

Muntu a kishima ou Bantu ba kishima (au pluriel) c’est, selon la tradition songye et la langue ~ Kisongye, un homme ou une femme initiée dans le Bukishi, qui est leur rite de passage. Bukishi n’est pas une Société d’Education Secrète Songye mais, comme beaucoup d’auteurs l’admettent, c’est à la fois un système d’éducation et une religion.

Nous avons trouvé une autre classification linguistique alternative comme « Muntu wa Ntodiongo » : Bimwenyi Kweshi Oscar (1981) in Discours théologique négro-africain – Problèmes de Fondements, Paris, Présence Africaine, p. 42 (pour les Lulwa et Baluba Lubilanji dans le Kasaï du Congo Belge). Cependant, la plupart des anthropologues et des chercheurs replacent en énigme les anciennes classifications des Africanistes et les rejettent généralement. En définitive les opinions divergent : Bleek W.H.I. dans Comparative Grammar of South African language, in Phonology, 1862; dans ii The Concord, 1869; Obenga T., dans "Afrique dans l'Antiquité" 1973 et "Les Bantu" 1985; Guthrie, M.1948 et Greenberg, J. 1963, Cheikh Anta Diop 1981 dans « Civilization or Barbarism, an authentic anthropology », etc.

Nous savons toutefois que les auteurs afro centristes ont souligné la nécessité de trouver un nouveau modèle qui corresponde aux faits qui ont été ignorés dans l’ancien modèle précité. Le procédé semble bien bloqué à ce niveau du discours. Néanmoins, les nouvelles découvertes fondées sur une étude solide sont révolutionnaires. Par exemple, il apparaît que l’Arabe et beaucoup de langues sémitiques sont en fait dérivées de langues africaines. Le Swahili a vraisemblablement donné beaucoup plus à l’Arabe que l’inverse ! Il apparaît également que le Latin, de même que quelques langues d’Europe et d’Asie doivent beaucoup aux langues africaines.

Ce que nous avons vu cependant, ce sont les réserves dans l’étude de l’ancienne écriture africaine. Spécialement l’Ancien Kushite et le Mandingue... L’écriture mandingue, en particulier, a été associée, et est probablement la source des formes primaires de l’écriture mésopotamienne, voire même de l’écriture Olmec en Amérique centrale. Les exemples sont: l’écriture Mérotique des Kushites (1), les hiéroglyphes (2), le Mandingue et l’Olmec (3) que nous avons investigués.

1. Voici les cinq (5) réalités et les cinq (5) dimensions de l’Anthropologie Fondamentale Songye et de Ma’ât :

Ma’ât dans sa dimension religieuse : la société doit avoir un objectif religieux en vue de garantir un ordre social. Signification : leur ordre social avait une dimension religieuse.

Ma-ât dans sa dimension cosmique : Ma-ât est en coexistence directe avec le Soleil, les Etoiles et la Lune comme phénomènes cosmiques ayant également une dimension religieuse, ce qui veut dire que le Soleil et les Etoiles ont un aspect religieux. Bien plus, Ma-ât était aussi l’« Etude de la Science Globale ».

Ma-ât dans sa dimension politique: l’être politique, l’Etat ou la Nation de Kemet, comporte aussi une dimension religieuse. L’institution pharaonique en est un exemple. C’est pourquoi le Pharaon était appelé « Sa-Ra » (Le fils du Soleil), raison pour laquelle l’Etat dans l’ancien KMT était divin.

Ma-ât dans sa dimension sociale: L’Homme dans sa dimension sociale, au sens de Ma-ât, doit avoir le sens de la communauté sous forme de solidarité, d’intégration, d’harmonie. Tout doit être donné selon l’ordre de Ma-ât. Chacun est responsable de sa communauté.

Ma-ât dans sa dimension anthropologique: à KMT (Egypte Ancienne), le peuple croyait qu’il ne pouvait pas connaître Dieu. La dimension anthropologique de Dieu, selon la conception de l’ancien peuple de KMT, passait par l’anthropomorphisme: leur vision de Dieu était anthropomorphe. En d’autres termes, nous donnons aux dieux notre propre forme. Tous les dieux étaient anthropomorphiques en ceci que nous créons Dieu à notre propre image. Voilà la dimension anthropomorphe de Ma-ât concernant le sacré.

2. La signification de Ma-ât à Napata (Ancienne Egypte) :

Le terme Ma-ât, dans le langage pharaonique, était associé à la vérité, à la justice, à la droiture, à l’équilibre et à l’ordre. Ce principe est symbolisé par une femme avec les bras ailés. Il est aussi le contraire d’« Isfet », terme qui veut dire l’injustice, le mensonge, la cupidité, le désordre, et la dimension anthropologique de Dieu connue des premiers africains était plutôt anthropomorphe comme mentionné plus haut.

3. Et pour le peuple songye, nous préférons présenter son anthropologie dans sa dimension globale, qui est très proche des dimensions et réalités rappelées plus haut au point 1.

4. L’idéologie royale songye comporte tous les signes de la royauté. Le Roi représente les dieux sur la terre, comme le Pharaon incarnait l’Etat dans l’ancienne Egypte. Il représentait le premier peuple égyptien auprès des dieux responsables du maintien universel de la loi et de l’ordre (Ma’ât).

Cet équilibre aux yeux du peuple songye était assuré par ses faits historiques, magnifiés par les rites et célébrés par les innombrables représentations décorant les murs de la résidence de Mpibwe Kitengye à Ehata près de la localité de Lubao (Eoni)en République Démocratique du Congo.

Elu de Dieu, Mpibwe Kitengye avait lui-même des qualités divines qui faisaient de lui le premier prêtre songye, objet d’un culte spécifique comme matérialisé dans l’hymne national songye « Nkamany Kabamba (2003): Songye of Democratic Republic of Congo »

5. Les Insignes Songye du Pouvoir sont des éléments du cérémonial comme les costumes, qui ont été donnés à Osiris par les dieux lors de son couronnement ainsi que nombre des symboles de sa souveraineté. En plus de quelques sceptres et crosses, ces symboles comprenaient également le fouet, « flagellum », tenu dans la main gauche et le bâton porté à la main droite, dont la forme courbée dérive probablement de la crosse du berger.

6. Cosmologie et cosmogonie sont traitées ailleurs …

7. Selon la cosmogonie traditionnelle de l’ancienne Egypte, le démiurge Atoum, identifié à Rê, fut créé par sa propre volonté, puis il créa le monde en crachant ou en se masturbant. Il créa ensuite : les Entités Shou (l’air) et Tefnout (le feu) qui, à leur tour, générèrent Geb (la surface de la terre) et Nout (le ciel), dont sont nés Osiris et Isis-Seth et Nephthys-Haoêris ou Horus l’Ancien.

Osiris épousa Isis, et ils donnèrent naissance à Horus leur enfant, le gardien du Roi, Pharaon, Horus en or, le Maître des deux Mondes, Roi de la Haute et de la Basse Egypte.

8. Il est important de mentionner ici la ressemblance de deux faits: ma-ât pour les Anciens Nubiens de l’empire de Kush ou Kouch et Bumuntu ou Buimuntu des Songye, les deux étant l’état de droiture ou statu-quo, qui indiquait que chaque chose ou chacun fonctionnait décemment. La royauté Kush et la royauté Songye étaient essentielles pour le maintien respectivement de ma-ât et de Bumuntu ou Buimuntu.

9. Le concept de ma’ât ou bumuntu renforçait l’autorité. Mais l’esclavage afro-arabe et la colonisation belge emportèrent le peuple songye dans des programmes ambitieux de refuge.

10. Des religions importées, par exemple le Christianisme et l’Islam, démontrent encore une fois leur capacité à détruire le bumuntu des Songye (ma’ât) ainsi que leur capacité à se gouverner par la pendaison des chefs Bekalebwe à l’issue de jugements truqués: Ngoie Muiyaso de Bindjiri en 1910, Lumpungu Ya Kawumbu le 3 septembre 1936 et Ngongo Lueteta, fusillé quant à lui à Ngandu Kitengye. On connaît maintenant par le menu la cause du déclin du bumuntu (ma’ât) des Ba Songye.

11. Quelques Songye (africains) veulent « savoir » le futur des religions comme:

Les Bouddhistes qui n’adorent ni des dieux ni Dieu. Ceux qui regardent le bouddhisme de l’extérieur pensent parfois que les Bouddhistes adorent Bouddha. Cependant, selon nous et d’après notre investigation en Inde et à Katmandu, Bouddha ne s’est jamais proclamé dieu, ni prétendu avoir un quelconque pouvoir surnaturel.

Les Chrétiens croient en un Dieu de Justice et d’Amour. Mais Jésus n’était pas Chrétien. Dans le christianisme les rites religieux ne constituent pas l’objectif des croyants, mais bien la relation à Dieu et l’approfondissement de sa connaissance. La foi est amour accessible.

Les Musulmans croient en un Dieu tout-puissant mais distant.

Les partisans de quelques sectes religieuses (Tupungulu en Kisongye) croient qu’ils sont eux-mêmes « dieu ».

Malheureusement il n’est pas logique d’affirmer que toutes ces conceptions sont également valables. Elles ne peuvent pas être toutes vraies, étant donné qu’elles contiennent un credo contradictoire.

12. Classification de quelques Etres Humains chez les Ba Songye fait partie de nos préoccupations quotidiennes liées à l’homme dans la communauté.

-Kapungulu (sing.) Ou Tupungulu (plur.): Est le contraire de muntu a kishima ou bantu ba kishima (voir définition plus haut). Il existe une chanson dite « Kapungulu Masengo » qui s’applique à ceux qui n’ont pas été initiés dans le Bukishi déjà mentionné.

-Kitesha (homme ou femme, sing.), bitesha (plur.): Ne désigne pas les travestis L’expression s’applique à quiconque affiche un comportement anormal, déviant, stupide. On dit « uno mwana nkitesha » sans la moindre connotation de travesti…]. Cela est fondé sur la stratification de la société songye selon Somwe Edouard, un parent à nous, bien instruit chez les missionnaires belges. Selon lui, un couple de bitesha songye n’a pas de relations homosexuelles.

-Les musiciens, selon le musicien Mputu Ebondo Mi-Amor, membre des groupes musicaux Basokin et Lusombe, jouaient parfois un rôle déviant mais tout à fait utile au niveau de la communauté.

-La situation est différente aujourd’hui. Mi-Amor est à la fois musicien et directeur, fonctionnaire au Ministère des Finances à Kinshasa. Voir aussi HAMPATA BA, A., La tradition vivante, in Histoire générale de l’Afrique, vol. I, UNESCO, 1980, p. 227, où il écrit que « …tout africain est relativement conteur. »

-Kiswikiswiki ou kizwikizwiki (sing.), biswikiswiki ou bizwikizwiki (plur.): Est basé sur le système de croyance songye. Mais la question reste ouverte de savoir pourquoi une personne devient un « être nouveau » (kiswikiswiki) et (milongaeulu : un être maléfique, qui tue pendant la nuit sous l’emprise de la sorcellerie)?

-Ntomboshi (sing.) Ou bantomboshi (plur.): Désigne les mercenaires militaires. Mutumbula (sing.), et batumbula ou mitumbula (plur.) :désigne une corporation spéciale religieuse de Européens dans la province du Kasaï entre 1908 et 1960.

La légende des mitumbula, association de cannibales blancs mangeurs de nègres, était très répandue aussi bien au Kasaï qu’au Katanga et remonte aux années 1920. Il faut approfondir la recherche pour exclure l’hypothèse de la poursuite de l’esclavage pendant la colonisation belge. Il pourrait aussi s’agir simplement d’une stratégie de l’occupant pour faire régner la terreur parmi les colonisés.

-Bumuntu (ou Buimuntu : le bien-être intégral) est une qualité de la vie de « muntu a kishima : l’être humain », moralement fondé sur l’Erudition, le bon sens et le sens moral. C’est pourquoi un homme, un enfant, une femme ou un adulte qualifié de muntu a bisumanga ou kantu ka bisumanga est assimilé à un objet (kintu - sing., une chose, comme kibondobondo). Un animal, nyama, est également assimilé à une chose en Kisongye.

-Il est fort honteux de montrer sa nudité, sauf entre personnes de même sexe.

-L’environnement humain fait partie du cycle de la vie et commence avec Dieu, le père suprême comme le dit le Peuple Songye. Il est celui qui ne tue pas, mais il a le pouvoir de le faire lorsque de rares circonstances l’exigent.

-Il créa Kafilefile, qui est un mauvais gardien mais qui ne tue pas non plus. Dieu inventa la transmigration et la réincarnation (kikudi, sing., et bikudi au pluriel, qui voyagent pendant les rêves), les fantômes, les âmes, les spectres, de même qu’un autre être surhumain appelé milunga-ewulu (sing. et plur.) qui cause la mort. Les milunga-ewulu ne provoquent pas la mort par leur propre initiative mais seulement sous le contrôle d’êtres humains malveillants comme les jeteurs de mauvais sort et les sorciers (sha butshi ou sha masende).

-Il existe des esprits mukishi (sing.) ou mikishi (plur.) dont l’origine n’est pas bien évidente. La source la plus importante des mikishi est un état de transition associé à l’idée de vengeance. L’expression kupa mikishi signifie offrir des poules ou des chèvres aux esprits des ancêtres morts inopinément. L’expression kuela mikishi indique une mesure à la fois préventive et positive parce que les mikishi sont des esprits bienveillants.

-La magie de Bakidiamutshi implique toujours une action individuelle initiée par des individus. Tel fut le cas de Somwe Ulengiele au cours de son intronisation comme chef suprême à Ehata (Kabamba Nkamany 1983 et 1996). 1

3. CONCLUSION PROVIVOIRE

-Les notions qui nous semblent adéquates sont : kapungulu et bumuntu. La première oppose les initiés du bukishi aux non initiés, ce qui avait une grande importance dans l’ancienne société songye. Bumuntu définit ce qui caractérise l’homme songye dans ce qu’il a de bien, de fierté, et de dignité.

-La notion de Kafilefile fait aussi partie de la cosmologie: Idem pour les mikishi. Les notables (gouvernants), les chasseurs, les agriculteurs que nous avons révélés à satiété dans notre livre «Songye of The Democratic Republic of Congo en 2003».

A suivre… DR Nkamany Kabamba M.D. et Ecrivain tient à remercier M. NTambwe Makadi pour ses observations et traduction française de ce texte.

Isfet (vieux terme de Nepata), signifiait le chaos, l’injustice, le péché, le mal. C’est le contraire de Ma’ât, concept marquant pour les anciens Egyptiens l’ordre établi par les dieux, lesquels gouvernent le monde, les Etats et la vie de l’homme. Quiconque perturbait cet ordre divin universel était coupable d’isfet ou de désorganisation de l’état du monde.

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