Suite du texte - Le colloque mondial du Caire (1974) sur l'origine du peuplement de
l'Egypte ancienne : luttes autour d'un patrimoine culturelle
Par SIM Mi NSONKON Rémy
Table :
1. L'objectif du colloque.
2. La composition savante du colloque.
3. Extrait du compte rendu.
4. Les recommandations du colloque.
La conclusion générale du compte rendu de ce colloque montre lucidement la très nette domination des thèses soutenues par les professeurs Anta Diop et Obenga sur celles de la vingtaine d'autres savants qui soutenaient que l'Egypte était « métissée », pour la plupart. « La très minutieuse préparation des communications des professeurs Cheikh Anta Diop et Obenga n'a pas eu, malgré les précisions contenues dans le document de travail préparatoire envoyé par l'UNESCO, une contrepartie toujours égale. Il s'en est suivi un réel déséquilibre dans les discussions (24). » Le professeur Théophile Obenga, acteur de cette rencontre scientifique de haut niveau, précise, 22 ans après : « Un tel déséquilibre (des arguments scientifiques), dans un tel aréopage, n'est pas du au manque d'informations scientifiques nouvelles : l'archéologie égyptienne ou soudanaise est suivie presque au jour le jour, à travers le monde, par les milieux scientifiques intéressés aux fouilles dans la vallée du Nil égypto-nubienne. Seule la véracité des arguments peut créer un tel déséquilibre scientifique, en montrant la force des méthodologies plus exigeantes, plus rigoureuses, susceptibles de révéler la vérité, en pleine lumière. Ce déséquilibre a tout naturellement porté sur des questions de fond : anthropologie physique, linguistique, parenté entre la vallée du Nil et le reste de l'Afrique noire. Tel était en effet la substance même des débats du Caire. Le déséquilibre n'a pas porté sur des questions banales, courantes dans les milieux africanistes. Tant s'en faut (25) ». Et ce n'est pas tout : les professeurs Anta Diop et Obenga avaient mis au point de nouvelles méthodes, qui furent reconnues comme le mentionne le compte rendu : « (Les discussions) ont été toutefois très positives pour plusieurs raisons : [...] elles ont fait apparaître l'importance de l'échange d'informations scientifiques nouvelles ; elles ont mis en lumière, aux yeux de presque tous les participants, l'insuffisance des exigences méthodologiques utilisée jusqu'alors dans la recherche en Égyptologie ; elles ont fait apparaître des exemples de méthodologies nouvelles qui permettraient de faire progresser, de manière plus scientifique, l'étude de la question proposée à l'intention du colloque (26) ».
4. Les recommandations du colloque.
Les recommandations en matière linguistique ne pouvaient donc plus surprendre personne : mise à contribution sur le plan international pour établir toutes les corrélations possibles entre les langues africaines et l'égyptien ancien : « Le colloque recommande que [...] la coopération des spécialistes de linguistique comparée devrait être mise à contribution sur le plan international pour établir toutes les corrélations possibles entre les langues africaines et l'égyptien ancien (27) ». C'est l'Egypte, dite métissée ou blanche, qui est scientifiquement ainsi détruite. Même les témoignages des anciens Grecs (Hérodote, Diodore, Aristote, Marcellin) qui, décrivaient les Égyptiens comme des Nègres (cheveux crépus et noirs), ce que démontraient les Pr Théophile Obenga et Cheikh Anta Diop, furent niés. Ces résistances non scientifiques minèrent le colloque, et poussèrent le Pr Cheikh Anta Diop à les dénoncer ouvertement : « L'Égyptologie née de l'impérialisme et qui a voulu nier tous les faits qu'il venait de rappeler ». Le Pr Th. Obenga confirme aussi le complot des savants marxistes soi disant défenseurs de la culture et de l'histoire mondiales : « Dans les grands débats culturels sur l'Afrique noire, notamment sur l'Antiquité de cette Afrique noire, les savants marxistes occidentaux ont vite fait de rejoindre les positions réactionnaires, anti-scientifiques des auteurs qui évoluent dans les milieux culturels de l'impérialisme culturel. Aucun écho n'a été enregistré dans les milieux marxistes occidentaux à propos de cet historique colloque international, alors qu'il fut d'un très haut niveau scientifique [...] (28). »
Les Pr Anta Diop et Th. Obenga n'ont pas changé leur thèse du début à la fin. Parmi toutes les preuves, la parenté linguistique comparée est la plus radicale. L'anthropologue français Jacques Lombard (29), dans son ouvrage paru vingt ans après ce colloque, écrit à propos de la parenté génétique linguistique : « (ce sont) les sciences humaines les plus avancées, car à la différence de la sociologie ou de l'ethnologie, elle est non relativiste, puisque ce sont les mêmes méthodes qui servent à décrire et à analyser une langue indienne, d'Amérique, d'Extrême-Orient ou européenne » et d'ajouter un argument très capital : « L'histoire, pour le linguiste, est secondaire ». Ce qui signifie que pour rechercher des corrélations entre des peuples très anciens et des descendants, la parenté linguistique comparée est suffisante.
Également dans un ouvrage collectif (30), écrit par des occidentaux, est fait mention de la même remarque importante : « Chaque fois qu'une langue apparaît à une époque historique, les plus anciens textes rédigés dans cette langue constituent un instantané précieux d'un moment de son évolution. Souvent on connaît plusieurs langues apparentées, implantées parfois fort loin les unes des autres et gardant pourtant d'indéniables ressemblances. Si ces ressemblances proviennent réellement d'une origine commune, ce qui est le plus souvent le cas, il est possible alors, grâce aux techniques de la linguistique, de reconstruire avec quelque précision la langue préhistorique dont elle est issue. Il se trouve que, dans toutes les langues du monde, ce sont précisément les termes de parenté qui résistent le mieux aux emprunts d'une langue à l'autre. Reconstruire une langue préhistorique, c'est donc retrouver quel était dans cette langue le vocabulaire de la parenté. C'est accéder à une certaine connaissance des structures de parenté dans la société disparue qui parlait cette langue ». Pendant ce symposium du Caire de 1974, seul le Pr Obenga, a pu démontrer une parenté génétique linguistique entre les langues africaines bantu actuelles et celle de l'Égypte pharaonique dans sa forme la plus archaïque ; les autres tentatives ont échoué (avec les langues sémitiques ou négro-africaines, etc.) Il concluait son exposé en affirmant que cette parenté génétique permettra de dégager un « négro-égyptien » comparable à l'indo-européen (lire section : Le négro-égyptien in Sous-chapitre C, Chapitre II : La restauration du Khepere). Le Pr Cheikh Anta Diop établissait aussi une même parenté génétique entre le wolof et l'égyptien ancien.
Les conclusions générales du colloque recommandèrent aux spécialistes de la linguistique :
- « D'établir toutes les corrélations possibles entre les langues africaines et l'égyptien ancien (31) », « Devant l'impossibilité de relier génétiquement l'égyptien, le sémitique et le berbère (32) » ;
- « L'égyptien ne pouvait être isolé de son contexte africain et que le sémitique ne rendait pas compte de sa naissance (33). » ;
- Le terme Kamet c'est à dire Noir/Noire, fut définitivement accepté pour désigner les Égyptiens. Terme qu'eux-mêmes utilisaient pour se désigner.
- C'est lors de ce colloque que fut rejeté l'usage du terme biblique Cham, dénué de tout fondement scientifique (34). Cette recommandation concerne surtout les Nègres du monde entier qui continuent à croire à la prétendue malédiction de la race noire dans la Bible.
Ce symposium que certains croyaient être une « rencontre de simple circonstance » fut et nous venons de le montrer, un véritable affrontement de thèses scientifiques entre savants de réputation mondiale.
NOTES
1. Le peuplement de l'Egypte ancienne et le déchiffrement de l'écriture méroïtique, Actes du colloque tenu au Caire, du 28 janvier au 3 février 1974, éditions Unesco, Paris, 1978.
2. Idem, ouvrage cité.
3. Idem, p. 85, ouvrage cité.
4. Idem, p. 86, ouvrage cité.
5. Ibidem, p. 86, cité.
6. Idem, p. 88, cité.
7. Idem, p. 87, ouvrage cité.
8. Idem, p. 87, cité.
9. Ididem.
10. Idem, pp. 86-87, ouvrage cité.
11. Idem, p. 88, ouvrage cité.
12. Idem, p. 89, ouvrage cité.
13. Idem, p 90, ouvrage cité.
14. Idem, p. 91, ouvrage cité.
15. Idem, p. 94, cité.
16. Idem, p. 95, ouvrage cité.
17. Idem, p 95, ouvrage cité.
18. Idem, p. 97, ouvrage cité.
19. Idem, p. 97, cité.
20. Idem, p. 99, cité.
21. Idem, p. 99, cité.
22. Idem, p. 100, cité.
23. Idem, p. 100, ouvrage cité.
24. Idem, p. 101, cité.
25. Cheikh Anta Diop, Volney et le Sphinx, Théophile Obenga, édition Khepera/Présence africaine, Paris, 1996, p. 227, cité.
26. Le peuplement de l'Egypte ancienne et le déchiffrement de l'écriture méroïtique, Actes du colloque tenu au Caire, du 28 janvier au 3 février 1974, éditions Unesco, Paris, 1978, p. 101 ouvrage cité.
27. Idem, pp. 104 -103, ouvrage cité.
28. Pour une nouvelle Histoire, Présence africaine, 1980, p. 81.
29. Introduction à l'ethnologie, Jacques Lombard, p. 134.
30. Histoire de la famille, éditions Armand Colin, Paris, 1986, pp. 119-120.
31. Les recommandations du colloque dans Le Peuplement de l'Egypte ancienne et le déchiffrement de l'écriture méroïtique, Histoire générale de l'Afrique, Études et documents 1, Paris, Unesco, 1978, pp. 101-103.
32. Ibidem.
33. Idem, pp. 101-103, ouvrage cité.
34. Lire à ce propos, les interventions du Pr Th. Obenga lors du Colloque Compte rendu du Colloque du Caire 1974, éditions Unesco, Paris, 1978.
SIM Mi NSONKON Rémy - 2003
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