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DOSSIER SUR L'ESCLAVAGE : LA CRITIQUE ENTRE LES AFRICAINS ET LES OCCIDENTAUX
TEXTES :
Doc1. IL Y A CENT CINQUANTE ANS, EN FRANCE, ÉTAIT ABOLI L’ESCLAVAGE
La dimension africaine de la traite des Noirs, par ELIKIA M’BOKOLO
Doc2. « Périssent les colonies », par MARCEL MANVILLE
Doc3. Esclavage La polémique, toujours..., par THIERRY PERRET
Doc4. Les faux semblants de l’esclavage et de son abolition, par THIERRY PERRET
Doc5. Le gouvernement Haïtienne demande des réparations à la France, par Paul Yange
Haïti demande des réparations à la France et prépare le bicentennaire
Par Paul Yange in http://www3.sympatico.ca
21 milliards de dollars selon les calculs du gouvernement haïtien, mais la demande semble peu suceptible d'aboutir
Le 1er janvier 2004 marquera une date importante dans l’histoire, celle de la victoire des anciens esclaves d’Haïti sur les troupes de Napoléon Bonaparte. C’est en effet le 1er janvier 1804 que la révolution initiée par Toussaint Louverture aboutit à l’indépendance d’Haïti.
Haïti prépare donc les cérémonies qui vont marquer ce bicentennaire. Pourtant tout ne se déroule pas dans la tranquilité. En effet , Haïti réclame à la France, ancienne puissance coloniale, des réparations pour les préjudices causés par la France à Haïti et au peuple haïtien depuis la période de l’esclavage.
C’est à l’occasion du bicentennaire de la mort de Toussaint Louverture (décédé le 7 avril 1803) que Jean Bertrand Aristide a demandé à la France de restituer l’équivalent de ce que le président haîtien Jean Pierre Boyer avait du payer en 1825.
"Parcequ’en 1825, sous le gouvernement de Boyer, nous avons du payer 90 millions de francs or à la France, aujourd’hui nous réclamons au moins la valeur capitalisée pour l’année 2003, soit 21 683 135 571,48 dollars (c’est à dire 21 milliards 683 millions 135 mille 571 dollars et 48 centimes)" a déclaré Aristide.
C'est une réaction arrogante. Et contrairement à ce qu'ils disent, nous pouvons leur donner des leçons au même titre que nous pouvons, nous aussi, recevoir de leçons des autres. Nous avons un petit pays, mais nous sommes un grand peuple... AffirmeLilas Desquiron, ministre de la culture d'Haïti
Selon les journaux haïtiens, le gouvernement haïtien s’est vu répondre ceci par le ministère des affaires étrangères français par l’intermédiaire de son porte-parole, François Rivasseau : "Je précise que depuis le retour du président Aristide au pouvoir, la communauté internationale a globalement alloué à Haïti près de deux milliards d’euros, dont plus de deux cents millions d’euros d’aide française. Malheureusement, en dépit de cet engagement massif, fort peu de résultats ont été enregistrés en terme de développement. La mauvaise gouvernance, la dégradation de la sécurité liée aux graves conflits politiques actuels sont les principales raisons de la dérive économique et sociale du pays".
Il aurait encore ajouté : "les pays de l'Union européenne n'acceptent pas ce genre de raisonnement; je me bornais simplement à rappeler que nous n'avions pas de leçon à recevoir, particulièrement pas des autorités haïtiennes actuelles, en matière d'aide au développement en Haïti".
Le ministre des Affaires étrangères haïtien, Joseph Philippe Antonio a répondu que la France était "embarrassée" et cherchait à déplacer le problème. "Nous parlons de restitution pour les torts causés au pays, alors que M. de Villepin (le ministre français des Affaires étrangères) parle de 200 millions de dollars accordés à Haïti par la France... Alors comment le gouvernement français peut-il refuser de réparer les torts causés par l'esclavage et restituer les montants qu'Haïti a dû en outre verser à la France après tous les méfaits de la période coloniale?" a déclaré Antonio qui a ajouté que des démarches légales étaient en cours sur le plan international pour contraindre la France à verser ce montant.
Autre réaction, celle de la ministre de la Culture et de la Communication, Lilas Desquiron, qui a qualifié tout simplement d'arrogante la prise de position du Quai d'Orsay. "C'est une réaction arrogante. Et contrairement à ce qu'ils disent, nous pouvons leur donner des leçons au même titre que nous pouvons, nous aussi, recevoir de leçons des autres. Nous avons un petit pays, mais nous sommes un grand peuple... Le porte-parole du Quai d'Orsay a une attitude complètement injustifiée en réagissant sur la base de 'mauvaise gouvernance' alors qu'il ne collabore même pas avec le gouvernement haïtien." a-t-elle fait observer, tout en expliquant que la majeure partie des fonds alloués à Haïti par la "communauté internationale" passe le plus souvent par les ONG.
Vues de France, les analyses sont fort différentes puisque selon le journal français "Le Monde" (7/10/2003), un diplomate français a affirmé "qu'il s'agissait pour la France d'un dossier virtuel. Aucun document officiel n'a été remis à l'ambassade de France à Port-au-Prince ni au Quai d'Orsay".
Toujours selon Le Monde, Interrogé, en juin, lors du sommet du G8, à Evian, Jacques Chirac avait conseillé aux autorités haïtiennes "d'être très vigilantes sur la nature de leurs actions et de leur régime avant d'évoquer des contentieux de cette nature" et mentionné "la coopération importante et l'aide non négligeable" de la France à Haïti. De son côté, le ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin, a décidé de confier à Régis Debray la présidence d'un comité de réflexion sur ce sujet.
Le Monde souligne également que dans une "déclaration de principes", plus d'une cinquantaine d'intellectuels, écrivains et artistes célèbres d'Haïti, ont annoncé il y a quelques jours leur refus de s'associer "à des célébrations officielles à travers lesquelles le gouvernement ne vise qu'à rechercher une impossible légitimité". Parmi les signataires figurent l’écrivain Dany Laferriere et le cinéaste Raoul Pecq (auteur d’un film sur la vie de Patrice Lumumba). Les intellectuels haïtiens ajoutent que la demande du président Aristide constitue "une tentative désespérée du pouvoir pour faire diversion face à son échec". "La dérive totalitaire, l'incompétence et la corruption qui caractérisent l'actuel gouvernement le disqualifient".
Les dérives du gouvernement haïtien le place effectivement en difficulté en ce qui concerne la demande de réparations. Mais la véritable question, nous semble t-il, est la suivante : en supposant qu’Haïti ait été un modèle de bonne gouvernance et un état tout à fait démocratique, la France aurait-elle acceptée de payer, au moins en partie les réparations demandées par les autorités haïtiennes ?
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