



Plus jeune, Hapsatou Sy rêvait de devenir avocate ou chef d’entreprise. Deux métiers qui ont toujours été pour elle synonymes d’émancipation féminine. D’indépendance. C’est finalement le métier d’entrepreneur qu’Hapsatou choisira pour assouvir son besoin brûlant de liberté. En 2005, à seulement 24 ans, elle ouvre son premier espace de beauté Ethnicia, sur l’île Saint-Louis, à Paris. Elle défend alors avec détermination son concept de beauté globale où coiffure, esthétique, maquillage, bien-être et conseil en image sont réunis dans un même lieu. Un lieu multiethnique où tous les types de peaux et de cheveux peuvent recevoir des prestations de qualité.
Mais, avant d’atterrir quai Bourbon, Hapsatou a un parcours plutôt atypique. “Un peu tordu”, comme elle s’amuse à le qualifier : BEP, bac pro secrétariat, BTS commerce international en alternance. “L’avantage de ma formation est que j’ai très vite baigné dans le monde professionnel. La meilleure école est, selon moi, celle du terrain.” A 22 ans, elle est nommée responsable des marchés internationaux chez Econocom, grand groupe de services informatiques et télécoms. Son salaire est très confortable, son poste lui laisse une grande liberté d’action. Mais évoluer dans un cadre hiérarchique n’est pas vraiment du goût d’Hapsatou.
En revenant d’un voyage à New York, son projet se précise. Elle a découvert, là-bas, des complexes de beauté melting pot sur des étages et des étages. “A Paris, il était impossible de trouver un salon multiservice où la beauté n’ait pas de couleur. Il fallait aller dans le Xearrondissement si on avait la peau foncée et les cheveux frisés, dans le XIIIe si on était asiatique et dans les enseignes généralistes si on était de type européen.” Face à ce constat, elle décide de se lancer dans l’aventure Ethnicia. Son business plan sous le bras, elle frappe à la porte des banques, persuadée qu’il est plus facile d’emprunter pour monter son entreprise que pour acheter une maison. Jugé trop risqué, son projet n’est pas soutenu financièrement. A ce stade, Hapsatou est seule. Mais plus que jamais portée par sa niaque.
Elle parvient à ouvrir le premier espace Ethnicia grâce aux 30 000 euros qu’elle a économisés. Elle verse 19 000 euros pour le dépôt de garantie du bail et se débrouille avec le reste en négociant des délais de paiement avec ses fournisseurs et en achetant du mobilier d’entrée de gamme. “Au début, l’institut restait désert. Alors, avec des amies, nous avons écumé les boîtes de nuit pour y distribuer des flyers “Ethnicia arrive en France !”, comme s’il s’agissait d’une marque internationale qu’il ne fallait surtout pas rater.” La presse et le bouche-à-oreille prennent le relais.
En 2007, elle participe au grand prix des jeunes créateurs du commerce, organisé par Unibail-Rodamco, et se voit décerner le deuxième prix de l’innovation commerciale. Elle gagne alors un bail commercial d’une valeur de 500 000 euros, ce qui lui permet d’investir le centre commercial Les Quatre Temps, à la Défense. Pendant cette même période, un nouvel institut ouvre dans le XVe arrondissement de Paris et, en octobre 2009, Hapsatou inaugure son quatrième espace, avenue de l’Opéra. Le secret de sa réussite ? Un mental de sportive qui la conditionne chaque jour à gagner et à perdre des points, à analyser ses échecs. De la détermination et une vie équilibrée dans laquelle il y a toujours du temps pour se ressourcer, jouer au tennis, danser et écouter chanter Hindi Zahra.
Aujourd’hui, Hapsatou dirige 70 salariés, gère un chiffre d’affaires de plus de 2 millions d’euros et a récemment lancé son opération “Cent femmes ont décidé de changer de vie”. Un concours qui permettra à cent femmes des plus grandes villes de France d’ouvrir leur propre espace de beauté Ethnicia, sous forme d’une licence de marque. Un projet d’entrepreneuriat solidaire qui lui tient à coeur.
Maya Dujardin
Hapsatou Sy : Elle apporte la
beauté à toutes les femmes
Par La Rédaction de MoneyWeek, le 28 juillet 2010

Hapsatou Sy

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