YAOUNDE — Le journaliste camerounais Pius Njawé, fondateur du quotidien Le Messager
et un des pionniers de la presse indépendante dans son pays, est décédé lundi dans
un accident de la circulation aux Etats-Unis, a annoncé mardi à l'AFP un de ses collaborateurs.
M. Njawé, 53 ans, "est décédé hier (lundi) après-midi dans un accident de la circulation
aux Etats-Unis", a affirmé Jean-Baptiste Sipa, chroniqueur au Messager, journal de
son groupe, Free Media Group, basé à Douala (sud, capitale économique).
Selon lui, l'accident s'est produit sur une autoroute de Virginie, alors que Pius
Njawé se rendait à Washington, dans une voiture avec un chauffeur. Leur véhicule,
tombé en panne, a été percuté par un camion. D'après M. Sipa ainsi que des sites
camerounais d'informations en ligne, M. Njawé a été tué sur le coup, le conducteur
se trouve dans le coma.
M. Njawé s'était rendu aux Etats-Unis le 10 juillet pour participer à un forum de
la diaspora camerounaise visant notamment à obtenir l'alternance politique au Cameroun
lors de l'élection présidentielle de 2011.
Né en 1957 à Babouantou (ouest du Cameroun), Pius Njawé a fondé Free Media Group,
qui employait "46 personnes dont une vingtaine de journalistes", selon ses déclarations
à l'AFP en décembre 2009.
Ce groupe est propriétaire notamment du quotidien Le Messager que M. Njawé a créé
en 1979 à l'âge de 22 ans. Il avait aussi une radio qui a été fermée par les autorités
la veille de son ouverture en 2003.
Pius Njawé était très critique à l'égard du régime du président camerounais Paul
Biya. Il avait été emprisonné à plusieurs reprises, notamment en 1997 pour "propagation
de fausses nouvelles" à la suite de la publication d'un article faisant état d'un
"malaise" du président Biya lors d'une édition de la finale de la coupe du Cameroun.
"J'ai été arrêté 126 fois en 30 ans", affirmait-il en 2009 dans une émission à Radio
France Internationale (RFI), à l'occasion de la célébration du 30e anniversaire du
Messager.
"C'est une véritable icône qui vient de disparaître. Une icône de la liberté de la
presse", a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de l'organisation Reporters
sans Frontières.
"Ce qu'il a fait pour la presse camerounaise est immense. Fonder le premier journal
d'opinion du pays, à la fin des années 1970, bien avant l'instauration du multipartisme
et le printemps de la presse africaine, était un acte de bravoure. C'est à lui que
les journalistes doivent la liberté de ton dont ils peuvent bénéficier aujourd'hui",
rappelle RSF.
"Pius Njawé avait l'esprit ouvert sur le monde, les yeux tournés vers l'étranger.
Il était de tous les combats pour la liberté de la presse. Nous n'oublierons pas,
par exemple, qu'il nous a accompagnés à Sarajevo, en 1992, pour soutenir Oslobodenje,
le seul journal qui continuait de paraître à l'époque, en pleine guerre en Yougoslavie",
souligne RSF.
Le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie Abdou Diouf
a lui salué "la mémoire de ce pionnier de la presse indépendante en Afrique francophone."
Le porte-parole du gouvernement camerounais, Issa Tchiroma Bakary, avait salué "un
pionnier, un des bâtisseurs de la liberté de la presse" dans son pays.
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