KametRenaissance
Accueil.

Egypte Pharaonique.

Panafricanisme.

Diaspora.

Femmes Kamet.

Economie.

Sciences & Technologie .

Inventions Kamet.

Entreprises .

Culture.

Spiritualité.

Esclavage/Colonisation.

Géopolitique.

Vidéos.

Autres.

Accueil.
Egypte Pharaonique.
Panafricanisme.
Diaspora.
Femmes Kamet.
Economie.
Sciences & Technologie .
Inventions Kamet.
Entreprises .
Culture.
Spiritualité.
Esclavage/Colonisation.
Géopolitique.
Vidéos.
Autres.

L'Antillanité/Créolité : un rejet secret de l'Afrique.


En exclusivité, un extrait de l'ouvrage de SIM NSONKON Rémy - PANAFRICANISME: les nouvelles perspectives.
 

Première partie : Les bases sociales du panafricanisme

Chapitre II : Les nouvelles luttes sociales face à la mondialisation économique

3. Les obstacles


3.5. Dualité Afrique noire et de la diaspora issue de l'esclavage

L'Antillanité/Créolité : un rejet secret de l'Afrique

Le discours de l'Antillanité est né vers 1960 grâce à Édouard Glissant, deuxième grand écrivain martiniquais, après Aimé Césaire. Il est le père fondateur de l'Antillanité et père spirituel de la Créolité. Il s'agissait pour cet auteur, né en 1928, professeur d'université, de redonner à la société post-esclavagiste martiniquaise, une orientation et une action qui correspondent à son moule culturel multiforme. Sa pensée fut approfondie dans la fin des années 1980 par trois grands écrivains antillais de la nouvelle génération (Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant, Jean Barnabé). D'où : la naissance du concept de Créolité. Éloge de la Créolité (édition Gallimard, Paris, 1989), texte collectif de ce trio, en est le document fondateur de ce mouvement culturel.

Pour eux, l'Antillanité/Créolité, constituent un dépassement de la Négritude d'Aimé Césaire. Dans un entretien accordé à Thierry Clermont et Odette Casamayor (janvier 1998), Édouard Glissant affirme : « J'appelle créolisation, des contacts de cultures en un lieu donné du monde et qui ne produisent pas un simple métissage, mais une résultante imprévisible ». Disons que l'Afrocentricité, forgé par l'africain-américain Molefi Kete Asante, à ne pas confondre avec l'Afrocentrisme, est une démarche rationnelle du retour culturel en Afrique. Édouard Glissant prévoit un affrontement conceptuel entre cette Afrocentricité et la Créolisation qui rejette l'Afrique : « Peut-être, très prochainement, il y aura un clash entre cette notion de créolisation et l'Afrocentrisme ». Pour être précis, à propos de l'Afrique, il déclare dans ce même entretien : « Personnellement, je me méfie de ce retour à l'Afrique. En effet, dès la traite des nègres, ceux qui ont été déportés ont suivi une histoire, mais l'Afrique aussi a suivi son histoire ». La question centrale est de savoir quelle leçon Edouard Glissant en tire-il de deux siècles d'indépendance d'Haïti qui n'a toujours pas sorti ce pays des Caraïbes de son état de pauvreté ? Pourquoi avance t-il des idées sentimentales et haineuses à l'instant où nous attendons une pensée constructive socialement et économiquement ?

Et pour enfoncer le clou, Raphaël Confiant, élève d'Édouard Glissant, à propos du concept d'Antillanité/Créolité, publie un ouvrage très critique sur Aimé Césaire, le fondateur du mouvement du retour en Afrique pour la Guadeloupe et la Martinique. Cet ouvrage, Césaire Aimé, une traversée paradoxale du siècle (Éditions Stock, Paris, France), exprime ouvertement la volonté d'axer réflexions et actions sur la Créolité.

Pire la négation, sinon la révision des réalités historiques de l'héritage des valeurs noires amenées par les esclaves est effective chez Raphaël Confiant : « Contrairement à ce que postule Césaire, il (l'Africain dans les Caraïbes) n'a pas pu préserver dans les profondeur de son être une quelconque pépite d'africanité (37). » Ajoute t-il : « Ces éléments culturels africains sont passés par le tamis (ou l'enclume) de la culture française et caraïbe, qu'ils ont été broyés, recomposés, refondus dans le magma colonial antillais. C'est oublier que l'esclave africain débarquant aux îles est un “ migrant nu ” qui n'emporte ni semences, ni outils, ni objets de culte ou si peu (38). », « Au départ, l'esclave africain ne parle pas, il gémît, il geint, il souffre. Ou, s'il lui arrive de parler, c'est le plus souvent dans le vide car son frère noir qui se trouve à côté de lui, la plupart du temps, ne comprend pas sa langue. Il n'accédera au langage véritable qu'au moment où les premières bases du créole s'établiront, cela en terre antillaise. On omet trop souvent de signaler que l'homme noir déporté aux Amériques a connu une assez longue période de mutisme forcé (ou d'impossibilité communicationelle) (39). »

Commentaire d'Ama Mazama, antillaise comme Raphaël Confiant : « Bernabé, Chamoiseau et Confiant se livrent malheureusement à la même objectification et au même dénigrement des noirs auxquels se sont livrés et continuent de se livrer les blancs (et les noirs qui pensent en blancs) (40). », « En effet, après avoir dénoncé comme “ chimère ” le mythe de “ l'amadou africain ” auquel Césaire aurait succombé [...] (et) non content de nous avoir dépeint en perte de culture, il fallait encore que Confiant nous dénie l'un des fondements primordiaux de notre humanité, à savoir la faculté de parler. C'est particulièrement irritant dans la mesure où, d'une part, l'on voit s' y profiler, à peine masqués, des arguments racistes, et d'autre part, parce que Confiant, soit par ignorance, soit par choix délibéré, résoud en un tour de phrase des questions qui continuent d'être débattues (par exemple, la question du lieu de naissance des langues caraïbes) (41). »

Débat de l'Afrocentricité contre l'Antillanité/Créolité

Édouard Glissant prévoyait un « clash » entre les deux grandes notions de Créotisation et d'Afrocentricité. Nous exposons ici quelques idées fortes de ce combat intellectuel.

Aimé Césaire affirmait en 1998 : « J'ai tiqué quand ils (Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant, Jean Barnabé) ont tenté d'opposer la Créolité à l'africanité, parce que c'est selon moi, une division absolument artificielle. Je n'ai rien contre la Créolité, mais je me demande si elle n'est pas, chez eux qui s'en font les porte-parole, l'expression d'un rejet secret de l'Afrique (42). »

Cette Créolité est-elle représentative de toute la société antillaise ? Le grand poète confirme sur la même ligne : « Il va de soi que c'est l'une des composantes des sociétés antillaises, qui sont des sociétés métisses, mais elle n'a de sens que par rapport à un référentiel qui me paraît être l'Afrique ».

Les auteurs de la Créolité rêvent d'un ensemble économique dans les Caraïbes et en Amérique pour les seuls descendants des esclaves noirs, les Caribéens et les descendants des anciens oppresseurs (Beté, etc.).

Sans toutefois chercher d'avance les causes profondes qui ont permis l'émergence de cette doctrine, exposons la conception des relations à l'intérieur du monde noir d'Édouard Glissant : « Depuis le temps de la traite et de l'esclavage, les populations, qui ont été déportées vers le Nouveau Monde, ont eu une histoire, tandis que l'Afrique avait la sienne. Le fait de se réclamer de l'Afrocentrisme (43), comme le font certains intellectuels noirs américains, est une manière de considérer l'Afrique comme un objet que l'on peut s'approprier. Par ailleurs, des valeurs négro-africaines interviennent dans notre culture. Mais elles ne doivent pas masquer la différence qu'il peut y avoir entre un noir brésilien, un noir nord-américain, un noir antillais ou un noir sénégalais (44). » D'emblée, E. Glissant, qui est de la génération d'Aimé Césaire, s'aligne sur le schéma de « différenciation » et de « particularisme », rejetant le socle commun de l'unité des peuples noirs, enraciné dans nos cosmogonies, notre littérature, notre philosophie. Finalement E. Glissant montre qu'il ne maîtrise pas assez, pour l'avenir des nations, l'enjeu culturel et philosophique (religion, etc.) comme les auteurs afrocentristes qu'il critique : « La solution à long terme est de réclamer une place sociale, économique, culturelle dans un ensemble multiculturel. La solution n'est pas le retour en Afrique (Afrocentricité) (45). ». Cet « ensemble multiculturel », reprenant son propos, est bâti sur des civilisations authentiques. Et nous savons pour ce qui est des Indiens de la Caraïbe et de l'Amérique, qu'ils ont développé des civilisations précolombiennes avec le concours actif des Nègres venus de l'Égypte pharaonique et du Mali médiéval (46). Également, les ancêtres des anciens maîtres esclaves Betés, dans les Antilles, de souche européenne, qui se réclament des civilisations gréco-romaines, ont été initiés au savoir et savoir-faire par des nègres, en terre antique Africaine du Haut Nil. Ce qui revient finalement à dire que l'Antillanité/Créolité est d'essence nègre.

Et « le retour en Afrique », plus particulièrement en Égypte ancienne, comme le suggèrent les auteurs de l'Afrocentricité de la communauté noire aux USA, pour la diaspora est rationnellement justifié. Le contraire serait l'acceptation d'une culture étrangère ou du moins de celle des dominateurs d'antan de souche européenne, avec pour conséquence directe l'aliénation. D'autant plus que certains de nos frères et sœurs, descendants de l'esclavage, éprouvent une réelle honte quant à leur généalogie, comme le rapporte l'écrivain et psychanalyste martiniquaise Simone Henry-Valmore : « Ils (Antillais francophones) avaient intériorisé la honte à la place de leurs bourreaux (47). » La mémoire des luttes acharnées des esclaves noirs durant quatre siècles terribles, au lieu d'être appréhendée aujourd'hui comme source où chacun pourrait s'abreuver pour créer une communauté antillaise dynamique, a plutôt donné naissance à une morale travestie et passive. L'Antillais a assimilé les valeurs de ses anciens bourreaux qui détestent et combattent la culture de ses ancêtres ; et qu'il perçoit comme des « objets », selon l'expression d'Édouard Glissant. Ce processus de désagrégation de la mémoire antillaise s'est constitué dans un « ensemble multiculturel » que défendent aujourd'hui Édouard Glissant et ses amis.

L'Antillanité/Créolité : une branche de la pensée nègre

Notons aussi que Haïti, État francophone des Caraïbes, est plus proche des valeurs négro-africaines que de la Créolité de « différenciation ». De plus, si la Créolité est une invention des métis antillais, comme le rapporte Aimé Césaire, ce n'est pas toute cette communauté, ni même tous les auteurs antillais qui militent pour cette doctrine culturelle. La Martiniquaise Simonne Henry-Valmore affirme à ce propos : « L'Afrique est incontournable pour moi, c'est le tronc commun (48) ». Jocelyne Béroard, du groupe musical Kassav et vice-présidente de l'association 23 mai sur la mémoire de l'esclavage, s'exprime en l'an 2000 : « Il est absolument nécessaire que nous reconnaissions tous, que ce soit nos parents, nos enfants, que nous sommes des descendants d'esclaves qui venaient d'Afrique et que nous n'ayons pas honte de cela (49) ». Comment se situe Christiane Taubira-Delannon, femme noire et député française, originaire de la Guyane, qui réussit à faire voter la loi reconnaissant l'esclavage comme crime contre l'humanité, par rapport à l'Afrique ? Elle répond : « L'Afrique, c'est une part essentielle de ma culture, mon identité, mon histoire, ma personnalité (50) ». Elle est une grande militante pour la cause noire, confirmation faite par exemple à travers sont article in photo N° 15 de notre livre. Et il n'y a qu'une minorité de brebis galeuses en Guadeloupe, en Martinique, Guyane française et Haïti qui « se méfie de l'Afrique » selon la formule d'Édouard Glissant.

En examinant ce chant créole ci-après, nous voulons montrer que la Créolité n'est pas étrangère à la pensée négro-africaine comme voudrait le faire remarquer Édouard Glissant et d'autres auteurs :
« Legba, louvri baryé pou mwen ago e !
Papa Legba, louvri m a salye Iwa yo !
Vaudou Legba, louvri baryé pou mwen
Pou mwen sa rantre
Lè m a touneu m a remésye Iwa yo Abobo ! »
Traduction :
Legba, ouvre-moi la barrière !
Pour que je puisse passer
Lorsque je retournerai, je saluerai les loas
Vaudou Legba, ouvre-moi la barrière
Pour que je puisse entrer
Lorsque je retournerai, je remercierai les loas
Amen ! »


Les fondateurs de l'Antillanité/Créolité que sont Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant, Jean Barnabé, ne peuvent pas apporter d'explications profondes et authentiques à ce chant créole avec leurs modes de pensée mystifiants l'Afrique, eux qui pensent par le biais des courants européens (Latinité, Francité, etc.), particulièrement latins sur lesquels d'ailleurs ils fondent la Créolité.

Ce texte est grand par sa démarche philosophique. Notons que dans le Vaudou haïtien, l'annéande de dieux est similaire aux religions négro-africaines :

- papa Legba ou Alegba, le mâle, préside aux rites. Erzulie, la femelle, est la lune. Autres précisions : Legba est le dieu bon et son rôle bienfaisant consiste à veiller sur le bien-être de ses fidèles. Il est la divinité des carrefours et des routes.

- Erzulie, femelle, est la lune,

- au centre du culte, le Poteau mitan.

Ces quelques détails suffisent pour comprendre que papa Legba est le 7ème nommo Dogon (Mali). Il est aussi, l'Osiris, Dieu bon, de l'Égypte pharaonique. Le poteau mitan vaudou est l'équivalent du tronc d'arbre sacré, soixantenaire, utilisé pour la fête du Sigui chez les Dogon ; c'est le ndjée des peuples Bisso/Bakoko et Basaa ; le culte djed, apparu à l'aube de l'Ancien Empire de l'ancienne Égypte il y a plus de 5 000 ans.Ce texte de la civilisation créole semble renvoyer à la transe d'un homme malade, adepte du vaudou, dont les facultés psychiques (ba en Égypte ancienne), sont possédées par papa Legba, Dieu bon, incarné dans le poteau mitan (djed). La confiance du malade se repose sur papa Legba ; il l'exauce à entrer dans le Paradis, lieu de guérison et de bonheur. Le malade promet au dieu de remercier les initiés qui permetront sa guérison « Lorsque je retournerai, je remercierai les loas ».

À travers ce texte, nous prouvons que la Créolité est une branche de la pensée nègre. Elle est afrocentriste, et donc la « différence », réclamée par Édouard Glissant, ne repose sur aucune preuve rationnelle. Les travaux d'Alain Anselin dans les Caraïbes prouvent profondément cette parenté des deux rives de l'Atlantique. Il ne suffit pas, en conclusion, de forger des concepts, le plus important est de leur donner une orientation qui épouse les réalités concrètes projetées vers l'avenir. Le grand paradoxe de l'Antillanité/Créolité est que le fond de ces créolisations est aisément expliqué par la philosophie négro-africaine. En ce qui concerne les rapports Egypte ancienne et les Afro-Caribeéens, nous conseillons vivement de lire les oeuvres d'Alain Anselin. Il travaille dans le sillage de Cheikh Anta Diop. Alain Anselin est enseignant à l'Université des Antilles et rédacteur de la revue Cahiers Caribéens d'Égyptologie.Il est auteur de nombreux livres : La cruche et le tilapia (une lecture africaine de l'Egypte nagadéenne) , La troisième Île (l'émigration antillaise en France), Karthala, Paris, 1990 ; Samba, UNIRAG, Abymes, 1992 ; Le discours caboclo, UNIRAG, Abymes, 1992 ; Les deux rives, GEREC, Fort-de-France, Martinique, 1993 ; etc.

Le rejet total et sans honte de l'Afrique par la diaspora issue de l'esclavage

Nous venons d'analyser que l'Antillanité/Créolité est un concept culturel de la diaspora, descendante de l'esclavage, qui met intelligiblement en porte-à-faux ses origines Africaines. Hormis cette forme d'anti-panafricanisme hypocrite, il existe une petite minorité de nos frères et sœurs de la diaspora qui désapprouvent, et même avec une répugnance ouverte, leurs origines africaines. Les causes de ce rejet sont multiples dont le complexe du Fanonnisme, qui est l'expression d'une rancœur à l'encontre du continent africain et de ses peuples noirs. Sur la question de l'esclavage, lire section 3.1 - L'émergence des leaders modérés et luttes pour les intérêts égoïstes, de ce chapitre.


COMMENTAIRES


Conception: SIM NSONKON Rémy. | Kamet Renaissance © Copyright 2003-2010